CHAPITRE XXIX. L'ÉGLISE CATHOLIQUE ET LES DONATISTES.
31. Nous nous garderons aussi du langage de ceux qui prétendent que l'Église, une et catholique, n'est pas répandue dans le monde entier, mais qu'elle ne vit qu'en Afrique, c'est-à-dire dans le parti de Donat. C'est ainsi qu'ils se ferment les oreilles en présence du prophète qui s'écrie : «Tu es mon Fils, je t'ai engendré aujourd'hui; demande-moi, et je te donnerai pour héritage les nations, et pour possession, jusqu'aux extrémités de la terre1 ». Et combien d'autres paroles ne trouve-t-on pas, soit dans l'Ancien, soit dans te Nouveau Testament, où l'on voit clairement que l'Église du Christ est répandue dans le monde entier? A cette objection ils nous répondent que tout, sans doute, en était rempli avant l'existence du parti de Donat, mais ils prétendent qu'ensuite l'Église entière a péri, et que ses restes ne se trouvent que parmi les Donatistes. O langage superbe et criminel ! Non , la chose n'est pas `possible, quand même ils vivraient de manière à conserver la paix entre eux.
Mais, ils ne remarquent pas qu'à l'égard de Donat s'est accomplie cette parole : R On vous « mesurera avec la même mesure qui vous « aura servi à mesurer les autres2 ». Il a cherché à diviser le Christ, ainsi lui-même chaque jour est divisé et morcelé par les siens. C'est aussi ce que fait entendre cette autre parole du Seigneur,: « Qui frappe du glaive, périra par le glaive3 ». En effet dans ce passage, le glaive, mis aux mains d'un méchant, désigne une langue amie de la discorde; or, ce malheureux en a alors frappé l'Église, mais sans la tuer. Car le Seigneur n'a pas dit : « Qui tuera par le « glaive, périra parle glaive » ; mais : « Celui « qui aura fait usage du glaive, mourra par « le glaive ». Donat a frappé l'Église avec sa langue séditieuse, et aujourd'hui il est lui-même déchiré de manière à disparaître et à mourir complètement.
Pourtant l'apôtre Pierre s'était servi du glaive, non pas poussé par l'orgueil, mais par l'amour de Dieu, amour tout humain encore; aussi sur un avertissement remit-il le fer au fourreau; mais cet impie, même vaincu, ne veut pas obéir. Comme il soutenait son hérésie devant Cécilien, à Rome, en présence des évêques qu'il avait lui-même convoqués, il ne put venir à bout de prouver aucune de ses propositions. Ainsi il persista dans son schisme pour mourir par le glaive. Mais le peuple même de cet impie, quand il n'écoute ni les prophéties, ni l'Évangile, où il est dit en termes si précis que l'Église du Christ est répandue dans toutes les nations, et que d'un autre côté, il s'en rapporte à des schismatiques qui ne cherchent pas la gloire de Dieu mais la leur, ce peuple fait assez voir qu'il est esclave et non libre, et que l'oreille droite lui a été coupée.
Pierre, en effet, dans son amour de Dieu, coupa par erreur l'oreille droite à un esclave et non à un homme libre. N'est-ce pas dire que ceux qui sont frappés par le glaive du schisme, sont les esclaves des désirs charnels ? car ils n'ont pas encore été amenés à la liberté que donne l'esprit, de manière à ne point mettre leur confiance dans un homme; en outre ils n'entendent pas ce qui est à droite, c'est-à-dire la gloire de Dieu répandue au loin dans l'Eglise catholique entière, mais ils saisissent bien ce qui est à gauche, c'est-à-dire les erreurs de la présomption humaine.
Cependant, comme le Seigneur dit dans l'Evangile que la fin du monde arrivera quand l'Evangile aura été prêché par toutes les nations4; comment osent-ils prétendre que déjà toutes les autres nations ont perdu la foi, que l'Eglise est restée seulement dans le parti de Donat; lorsqu'il est évident que, depuis la séparation de ce parti d'avec la grande unité, quelques nations sont venues à la foi, qu'il en reste plusieurs qui ne croient pas encore, mais auxquelles l'Evangile est annoncé sans relâche? N'est-on pas surpris de rencontrer un homme qui se déclare chrétien et se laisse entraîner à l'impiété contre la gloire du Christ, au point d'oser prétendre que tous les peuples de la terre qui viennent d'entrer dans l'Eglise de Dieu, qui se hâtent, pour ainsi parler, d'avoir la foi en Jésus-Christ, travaillent en vain, parce qu'un Donatiste ne leur donne pas le baptême? Sans aucun doute on repousserait avec horreur de pareilles propositions et on abandonnerait bien vite ces hérétiques, si on cherchait Jésus-Christ, si on aimait l'Eglise; si on était libre, et qu'on eût encore l'oreille droite intacte.
