CHAPITRE IX. COMBIEN LE SEIGNEUR EST DOUX.
10. Si ce bonheur nous est refusé pendant que nous sommes dans les liens du corps, et que nous accomplissons notre pèlerinage loin de Dieu1, cherchons du moins à goûter combien le Seigneur est doux2, lui qui nous a donné comme gage d'amour son Esprit-Saint3, pour nous faire jouir de son ineffable douceur et nous faire soupirer après cette source même de la vie, où sans perdre la raison nous pouvons nous plonger et nous enivrer sans manquer à la sobriété, comme cet arbre planté le long d'un cours d'eau, qui se charge de fruits à la saison, sans jamais se dépouiller de ses feuilles4. L'Esprit-Saint n'a-t-il pas dit : « Les enfants des hommes s'abandonneront à l'espérance sous l'abri de vos ailes, ils s'enivreront à l'abondance de votre maison, et vous les désaltérerez au torrent de vos voluptés5? » Une pareille ivresse, loin de troubler l'esprit, l'élève et lui donné l'oubli des choses de la terre; surtout , si nous pouvons dire dans toute l'effusion de notre coeur : « Comme le « cerf soupire après les fontaines, ainsi mon « âme soupire après vous, ô mon Dieu6 ».
