V. 1
« Ne dites rien inconsidérément et avec précipitation ; que votre coeur ne se hâte point de proférer des paroles devant Dieu; car Dieu est dans le ciel et vous êtes sur la terre; c'est pourquoi parlez peu. La multitude des soins produit les songes, et l'imprudence se trouve dans la multitude: des paroles.» Plusieurs se persuadent que l'Écriture nous ordonne dans ce passage d'être fort réservés à faire des promesses et des vœux devant le Seigneur, sans avoir auparavant examiné si nos forces nous permettront de les accomplir; car Dieu est présent quand nous le prions, et, bien qu'il habite dans le ciel et que nous vivions sur la terre, il entend néanmoins tout ce que nous disons : ainsi il condamne notre imprudence et notre témérité quand nous parlons beaucoup en sa présence. D'autres disent, avec plus de raison et dans un meilleur sens, que l'Ecclésiaste nous avertit de prendre garde, lorsque nous considérons les perfections de Dieu ou que nous en parlons, de ne point nous former des idées indignes de cet être souverain, mais de nous souvenir de notre propre faiblesse, et que nos pensées sont aussi éloignées de la nature de Dieu que le ciel est élevé au-dessus de la terre c'est pourquoi nous devons peu parler de ces choses; car de même qu'un homme qui a la tête embarrassée de plusieurs affaires est sujet à beaucoup de rêves et de songes pendant la nuit, il arrive aussi à ceux qui osent disputer et faire de longs discours sur la nature de Dieu de tomber dans des illusions et des opinions peu sensées. Enfin on peut encore donner ce sens aux versets que nous expliquons. Nous devons d'autant plus parler peu de Dieu que nous ne connaissons que fort imparfaitement les choses mêmes dont nous croyons avoir une entière certitude: nous les voyons dans de faibles images et dans un miroir, enveloppées souvent d'énigmes et de figures obscures; et, s'il faut parler juste, notre science tient beaucoup des songes d'un homme qui rêve et qui se croit fort riche pendant son sommeil. Après tout, nos discours touchant la Divinité n'aboutissent qu'à faire paraître notre témérité et notre imprudence; car en parlant beaucoup nous ne saurions éviter de commettre quelque péché.
