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Voyons le reste de sa lettre, où, après plusieurs détours, il s'explique ouvertement et sans biaiser, et termine ainsi ses admirables traités : «Après avoir parlé de la sorte en sa présence je le priai de parler après moi, ce que je faisais pour lui faire honneur, n'ayant laissé échapper aucune occasion de l’honorer. Il applaudit donc à tout ce que j'avais dit, et déclara qu'il était charmé de mon discours et que je n'avais rien dit que de très orthodoxe. » On doit juger des honneurs prétendus dont vous l'avez comblé par les outrages sanglants que vous lui avez faits en envoyant votre archidiacre pour lui imposer silence , et en lui reprochant publiquement qu'il ne s'arrêtait avec la populace qu'afin de se repaître des louanges et des applaudissements qu'on lui donnait; le présent nous répond du passé. Depuis trois ans il ne vous a fait aucun rapport de la manière outrageuse dont vous vous êtes conduit envers lui; et, oubliant ses propres intérêts, il se contente de vous demander raison de votre foi. Pour vous, qui possédez des richesses immenses et qui tirez de gros revenus de la dévotion des fidèles, vous envoyez de tous côtés vos ambassadeurs, hommes de poids, de mérite, afin de réveiller ce prélat de son assoupissement et de l'engager à vous répondre. Puisque vous lui aviez fait tant d'honneur, il était bien juste qu'il applaudit à un discours que vous aviez composé sur-le-champ et sans préparation. Or, comme les hommes ont coutume quelquefois de louer ce qu'ils n'approuvent pas et de repaître par des louanges flatteuses la vanité de ceux qui veulent être flattés, il ne se contenta pas de louer votre discours, il avoua qu'il en était charmé . et, de peur qu'on ne vous dérobât une partie de la gloire que méritait ce prodige d'éloquence, il déclara devant tout le peuple que vous n'aviez rien dit qui ne fût très orthodoxe. Mais nous savons ses sentiments sur cela mieux que personne : il s'en expliqua devant nous lorsque, étourdi de vos criailleries personnelles, il vint nous voir, pénétré. de douleur de ce qu'il avait été trop facile à communiquer avec vous. Toute notre communauté l'ayant conjuré de vous aller trouver, et lui ne pouvant résister aux prières étaux sollicitations de tant de personnes, il alla chez vous le soir; mais il s'échappa la nuit pour revenir à Bethléem, comme il le témoigne dans une lettre qu'il a écrite au pape Sirice. Lisez-la cette lettre, et vous verrez comment il a admiré votre discours et déclaré qu'il le trouvait très-orthodoxe. Mais laissons là ces fadaises; c'est perdre le temps que de s'amuser à les réfuter.
Passons à la seconde question, que Jean traite d'une manière si superficielle et avec tant de nonchalance qu'on dirait qu'il n'a aucun dessein ou qu'il ne songe qu'à endormir les lecteurs. « Quant aux autres points qui regardent la foi, je disais qu'un seul et même dieu, c'est-à-dire la sainte Trinité, avait créé les choses visibles et invisibles, les vertus célestes et les créatures inférieures; selon ce que dit David : « C'est par la parole du Seigneur que les cieux ont été affermis, et c'est le souffle de sa bouche qui fait toute leur vertu ; » ce qui parait d’une manière très sensible dans la création de l'homme; car c'est Dieu qui l'a formé du limon de la terre; et qui par son souffle lui a donné une âme raisonnable et douée du libre arbitre, et une nature qui lui est propre; non pas, comme l'enseignent quelques impies, une portion de sa substance, dont il a fait part aussi, à ce qu'ils prétendent, aux saints anges, selon ce que l'Ecriture dit de Dieu : « Vous prenez des esprits pour vos ambassadeurs et des feux ardents pour vos ministres. » Mais l'Ecriture sainte ne nous permet pas de croire que les anges ne soient pas sujets au changement, puisqu'elle dit : « Il retient liés de chaînes éternelles dans de profondes ténèbres et réserve pour le jugement du grand jour les anges qui n'ont pas conservé leur première dignité, mais qui ont quitté leur propre demeure ; » parce qu'ils ont changé d'état et de condition, et qu'ils sont devenus démons, étant malheureusement déchus de leur ancienne dignité et de ce haut rang de gloire dans laquelle ils avaient été créés. Quant aux âmes humaines, nous n'avons jamais cru ni enseigné que ce sont ou les anges après leur chute, ou les démons après leur conversion qui entrent dans les corps humains pour les animer. A Dieu ne plaise que nous ayons jamais eu ces sentiments, que nous savons être très contraires à la doctrine de l'Eglise ! »
