33.
Dites-moi, je vous prie, mon cher lecteur, un homme qui, avant d'être arrivé au lieu de sa mission, écrit des lettres si menaçantes, agit-il en envoyé ou en ennemi déclaré ? Qu'en pensez-vous? Voilà quel est ce grand serviteur de Dieu, si zélé pour les intérêts de sa gloire; cet homme d'une vertu si distinguée et d'une piété si universellement reconnue, d'un esprit si élevé et d'une érudition si profonde, d'un air si grand et si majestueux, qui, comme un autre Hippocrate, pouvait par sa seule présence adoucir les maux de nos âmes faibles et languissantes, pourvu néanmoins que nous fussions assez dociles pour suivre ses conseils et pour user de ses remèdes. Puisqu'il a coutume de guérir les autres, qu'il se guérisse lui-même et qu'il se serve de ses propres remèdes. Cette science sublime dont il se pique nous paraît comme une folie, et nous aimons mieux demeurer dans nos langueurs et notre ignorance, que de nous servir d'un collyre qui ne peut nous guérir les yeux qu'en nous rendant plus impies.
« Nous prions, dites-vous, jour et nuit le Seigneur dans les lieux saints pour votre sainteté, et nous le conjurons de vous donner la couronne de vie et la juste récompense que mérite votre zèle; comme s'il avait déjà eu tout le succès due nous en devons attendre. » Vous avez raison de lui donner des marques de votre reconnaissance, car si Isidore n'était pas venu, vous n'auriez jamais pu trouver dans toute la Palestine un compagnon si fidèle; et s'il n'avait pas pris vos intérêts comme il vous l'avait promis, vous n'auriez jamais pu rien gagner sur cette foule de gens grossiers et ignorants qui ne sont pas capables de comprendre la sublimité de votre doctrine. L'apologie même dont nous parlons a été composée en présence d'Isidore, qui vous a aidé à la faire, de manière qu'il a été le porteur de la lettre qu'il a dictée lui-même.
