23.
Quand l'apôtre saint Paul dit : « Ce corps corruptible et mortel, » il fait bien voir qu'il parle du corps, c'est-à-dire de la chair qu'il voyait à ses yeux. Et lorsqu'il ajoute : « doit être revêtu de l'incorruptibilité et de l'immortalité, » il ne dit pas que le corps doit être détruit par cette gloire dont il sera revêtu ; mais qu'il deviendra glorieux et éclatant, d'abject et de difforme qu'il était : c'est-à-dire, qu'après nous être dépouillés de cette mortalité et de ces faiblesses qui rendent notre corps vil et méprisable , nous serons revêtus , pour ainsi dire , de l'or de l'immortalité , et comblés d'un bonheur solide et constant. Car, « nous ne désirons pas d'être dépouillés de la chair, mais d'être revêtus comme d'un manteau de cette gloire qui est notre maison céleste, en sorte que ce qu'il y a de mortel en nous soit absorbé par la vie. » Un manteau ne se met que sur les autres habits. Lorsque notre Seigneur se transfigura sur la montagne et parut tout brillant de gloire, il n'était pas sans pieds, sans mains, ni sans les autres parties de son corps, comme s'il fût devenu tout à coup semblable au soleil ou à quelque globe céleste; mais ses membres, sans changer de nature, devinrent éclatants comme le soleil, en sorte que les apôtres en furent éblouis. Et de peur que vous ne disiez que ses habits étaient spirituels, il est marqué, non pas qu'ils furent changés en une substance aérienne, mais qu'ils devinrent blancs comme la neige. «Son visage, » dit l'Evangile, « devint éclatant comme le soleil. » Puisque l'on vouait son visage, il est à croire qu'on voyait aussi toutes les autres parties de son corps. Hénoch et Elie étaient revêtus d'une chair mortelle lorsqu'ils furent enlevés au ciel. Affranchis jusqu'à présent des lois de la mort, et déjà habitants du paradis, ils ont le même corps qu'ils avaient lorsque le Seigneur les enleva de la terre. Ils jouissent dans la compagnie de Dieu de tous les avantages que nous tâchons de mériter par le jeûne , se nourrissant d'un pain céleste , se rassasiant de la parole de Dieu , et n'ayant point d'autre nourriture que le Seigneur même.
