11.
Vous dites qu'un jour, expliquant un passage de l'Écriture sainte dont on venait de faire la lecture, vous fîtes en sa présence et dans l'assemblée de tous les fidèles un long discours sur les dogmes de la foi. Qu'on cesse d'admirer Démosthène, qui , à ce que l'on dit, employa beaucoup de temps et de travail à composer la belle harangue qu'il a faite contre Eschine ; qu'on ne nous vante plus l'éloquence de Cicéron, qui, sur-le-champ et sans préparation, récita en présence de Cornelius Nepos, presque mot à mot et telle que nous l'avons aujourd'hui, l'oraison qu'il a faite pour Cornelius, tribun du peuple, homme turbulent et séditieux voici un nouveau Lysias, un nouveau Gracchus, et, pour dire quelque chose des modernes, un nouveau Quintus Aterius, qui était toujours prêt à parler, qui ne tarissait jamais à moins qu'on ne l'avertit de finir, et dont César Auguste disait agréablement : « Il faut enrayer notre Quinius. » Un homme sage et de bon sens se vanta-t-il jamais d'avoir expliqué dans un seul discours tous les dogmes de la foi? Montrez-moi, je vous prie, ce passage de l'Ecriture si fécond et si pathétique qui vous a donné occasion de faire voir de quoi vous étiez capable. Si vous ne vous laissiez pas entraîner par le torrent de votre éloquence, on n'aurait jamais pu s'imaginer que vous eussiez été capable de parler sur-le-champ de tous les dogmes de la foi. Cependant il me semble que les effets ne répondent pas à vos paroles. Nous avons coutume d'instruire les catéchumènes en public, durant quarante-jours, du mystère de la sainte et adorable Trinité : si ce passage de l'Écriture qu'on a lu en votre présence vous a engagé à parler durant une heure de tous les points de la religion, pourquoi expliquer en abrégé et en si peu de temps ce qu'on a coutume d'enseigner durant quarante jours? Ou, si votre discours n'a roulé que sur les matières que vous avez coutume d'expliquer durant tout le carême, Comment se peut-il l'aire que vous vous soyez trouvé engagé à parler de tous les dogmes de la foi à l'occasion d'un seul passage de l'Ecriture?
Mais Jean de Jérusalem biaise encore ici; car il ne se peut faire qu'un seul passage de l'Écriture lui ait donné occasion d'expliquer ce qu'il a coutume d'enseigner aux catéchumènes durant quarante jours, puisqu'il faut être également éloquent ou pour s'étendre sur un sujet stérile, ou pour se resserrer sur une matière féconde et abondante. On pourrait dire encore que, sa verve s'étant échauffée à l'occasion d'un seul passage de l'Écriture, il a parlé durant quarante jours sans discontinuer; et que saint Epiphane, l'écoutant attentivement afin de profiter des choses rares et nouvelles qu'il débitait, s'était presque laissé tomber, accablé qu'il était de lassitude et de sommeil. Tout cela est en quelque façon supportable; peut-être parle-t-il en cette occasion avec sa droiture et sa franchise ordinaires.
