9.
Vous dites dans votre lettre, Jean de Jérusalem, qu'avant l'ordination de Paulinien saint Epiphane ne vous a jamais accusé d'être origéniste : ce point est un peu douteux, et je ne puis pas vous l'accorder. Saint Epiphane prétend qu'il vous a averti de vos erreurs: vous ne voulez pas en convenir; il produit des témoins : vous les récusez; il dit qu'il en a donné avis à une autre personne : vous faites l'ignorant; il vous envoie une lettre par un de ses clercs et vous prie en même temps d'y répondre , mais vous gardez un profond silence; vous n'oseriez seulement souffler; et, tandis qu'on vous accuse dans la Palestine, vous envoyez votre ,justification à Alexandrie. Ce n'est pas à moi à décider lequel de vous deux est le plus croyable, et je ne vous crois pas assez hardi vous-même pour oser vous vanter d'être plus sincère et de meilleure foi que ce grand homme; mais comme il se peut l'aire que chacun pai le en sa faveur, j'en appelle ici à votre propre témoignage et vous prends à témoin contre vous-même. S'il ne s'agissait point des dogmes de la foi entre vous et saint Epiphane , si vos erreurs n'avaient pas excité le zèle de ce vénérable vieillard, s'il ne vous avait pas écrit sur cela, pourquoi donc auriez-vous entrepris de traiter dans un seul ouvrage tous les dogmes de la foi, vous surtout dont le talent n'est pas d’être fort éloquent ? quel besoin de parler de la Trinité, (le l'incarnation de Jésus-Christ, de sa croix, des enfers, de la nature des anges, de l'état des âmes, de la résurrection du Sauveur et de celle de tous les hommes? à quoi bon ce discours que vous avez prononcé avec tant de hardiesse tout d'une haleine en présence de tout le peuple et de ce prélat, et dans lequel vous vous êtes étendu sur des choses que vous aviez peut-être oubliées dans votre apologie? Où sont ces anciens écrivains ecclésiastiques qui étaient obligés quelquefois de faire plusieurs volumes pour développer une seule question ? où est ce vaisseau d'élection , cette trompette évangélique, cette bouche par laquelle notre lion fait entendre ses rugissements, ce tonnerre des nations, ce fleuve de l'éloquence chrétienne, qui n'ose pénétrer « la profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu , » et qui admire plutôt qu'il n'explique « un mystère qui nous a été caché dans tous les siècles qui nous ont précédés? » où est Isaïe, qui nous prédit l'enfantement d'une vierge et qui, succombant sous le poids de cette seule question, dit : « Qui racontera sa génération? » Eh bien! il s'est trouvé de nos jours un assez petit homme qui a expliqué tous les dogmes de la foi dans un seul discours, et de la manière du monde la plus aisée et la plus claire!
Si l'on ne vous demandait point raison de votre foi et si personne ne vous inquiétait là-dessus, quelle nécessité de vous engager témérairement dans des questions si difficiles et dans de si longues disputes? S'il s'agissait alors de votre foi, ce. n'est donc point l'ordination de Paulinien qui vous a brouillé avec saint Epiphane, puisqu'il est certain que Paulinien n'a été ordonné prêtre que longtemps après. Vous avez trompé les absents, et vous ne leur avez écrit que pour les engager dans vos intérêts. Pourrions, qui étions ici sur les lieux, nous sommes témoins de tout ce qui s'y est passé. Pendant que saint Epiphane parlait dans l'église contre les erreurs d'Origène, et qu'il vous attaquait vous-même sous le nom de cet hérétique, nous vous avons vus, vous et vos partisans, le visage chagrin, faire mille grimaces et traiter ce prélat de vieux radoteur. Comme il parlait un jour devant le saint Sépulcre sur le même sujet, ne lui avez-vous pas envoyé un archidiacre pour lui imposer silence ? Quel évêque a jamais fait taire de la sorte un simple prêtre en présence du peuple? Une autre fois qu'il allait du lieu de la résurrection au Calvaire, suivi d'une multitude prodigieuse de peuple de tout âge et de tout sexe qui s'empressait pour le voir, lui baiser les pieds, toucher ses habits, lui présenter leurs enfants, et comme il ne pouvait ni avancer ni demeurer en une même place à cause de la foule qui le pressait, alors, rongé de jalousie, vous vous êtes emporté contre ce vénérable vieillard, et vous avez été assez audacieux pour lui dire en face qu'il prenait plaisir à s'arrêter et qu'il le faisait exprès.
