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Vous voyez bien que vos artifices ne me j sont pas inconnus, et que je dévoile ici des mystères que vous ne découvrez qu'aux âmes parfaites , et auxquels le simple peuple ne uiérite pas d'avoir part. C'est ce qui vous fait dire en riant, et avec un certain air puéril et badin : «Toute la gloire de la fille du roi lui vient du dedans. » Et : « Le roi m'a fait entrer dans son appartement secret. » Il est aisé de voir à quel dessein vous parlez de la résurrection du corps, sans faire aucune mention de la résurrection de la chair. C'est afin que nous autres gens simples et grossiers , nous entendions de la chair tout ce que vous dites du corps ; et que ceux due vous appelez parfaits jugent par l'affectation avec laquelle vous vous servez du mot de « corps, » que vous ne croyez, point la résurrection de la chair. Mais l'apôtre saint Paul voulant faire voir que Jésus-Christ avait un corps de chair, et non pas un corps spirituel, aérien, ou composé d'une autre matière « subtile, » dit expressément dans son épître aux Colossiens : « Lorsque vous étiez autrefois éloignés de Jésus-Christ , et que vos rouvres criminelles vous rendaient ennemis de son esprit, il vous a réconciliés par sa mort dans le corps de sa chair. » Et puis : « C'est en lui que vous avez été circoncis d'une circoncision qui n'est pas faite de main d'homme, mais qui consiste dans le dépouillement du corps de la chair. » Si le mot de « corps », ne signifie que la chair, et ne peut point avoir plusieurs sens, qu'était-il nécessaire que l'Apôtre parlât d'un « corps de chair, » comme si par le mot de « corps », on pouvait entendre autre chose que la chair? Dans le symbole de notre espérance et de notre foi , que nous avons reçu des apôtres, et qui est écrit «non pas avec de l'encre,» ni sur du papier, « mais sur des tables de chair qui sont nos cœurs, » après avoir confessé le mystère de la sainte Trinité, et l'unité de l'Église, nous finissons notre confession de foi en déclarant que nous croyons la résurrection de la chair. Les apôtres se servent toujours du mot de « chair, » sans parler du corps; et vous, au contraire , vous employez jusqu'à neuf fois le mot de « corps, » sans parler une fois de la chair.
Je sais aussi quelles sont vos vues dans ce que vous dites ensuite avec tant de précaution et tant d'artifice. Car, vous prouvez la vérité de la résurrection par les mômes passages dont Origène se sert pour la nier; et, confirmant ce qui est incertain par ce qui est douteux , vous détruisez la certitude de notre croyance, et renversez, comme par une espèce de tempête subite et imprévue, tout l'édifice de notre foi. « Le corps , » dit Origène, « semblable à une semence, est mis en terre comme un corps animal, et il ressuscitera comme un corps spirituel. » Car, «après la résurrection, les hommes n'auront point de femmes, ni les femmes de maris , mais ils seront comme les anges dans le ciel. » Si vous vouliez hier la résurrection des morts , de quels autres passages vous serviriez-vous pour appuyer votre sentiment? Mais voulez-vous confesser que nous ressusciterons avec de véritables corps, et non point, comme vous dites, avec des corps fantastiques? A ces passages que vous avez cités pour tromper les ignorants , et pour prouver que nous ressusciterons avec les mêmes corps dans les quels nous mourrons et avec lesquels nous serons ensevelis , ajoutez celui-ci : « Considérez qu'un esprit n'a ni chair, ni os, comme vous voyez que j'en ai; » et particulièrement ce que Jésus-Christ dit à Thomas : « Portez-ici votre doigt et examinez mes mains ; approchez ici votre main et la mettez dans mon côté, et ne soyez plus incrédule, mais fidèle. » Ce qui fait voir qu'après la résurrection nous aurons la même chair, le même sang, les mimes os et les mêmes parties dont notre corps est maintenant composé, et dont l'Écriture sainte condamne les oeuvres, et non pas la nature, selon ce qui est écrit dans la Genèse : « Mon esprit ne demeurera pas avec ces hommes, parce qu'ils ne sont que chair. » De là vient que l'apôtre saint Paul, parlant de la mauvaise doctrine des Juifs et de la corruption de leurs couvres , dit : « Je n'ai consulté ni la chair, ni le sang. » Et écrivant à des saints qui étaient encore environnés d'une chair mortelle : « Pour vous , » leur dit-il, « vous n'êtes pas dans la chair , mais dans l'esprit ; si toutefois l'esprit de Dieu habite en vous. » Lorsqu'il dit qu'ils n'étaient point dans la chair , quoiqu'ils fussent environnés d'un corps de chair, il fait bien voir que ce sont les péchés , et non pas la substance de la chair qu'il condamne. Voilà en quoi consiste la foi de la résurrection , à croire que notre chair sera revêtue de gloire, sans cesser d'être une véritable chair.
