24.
Ecoutez ce que dit le Sauveur : « Ma chair se reposera dans l'espérance. » Et dans un autre endroit : « Sa chair n'a point éprouvé la corruption. » Et encore : « Toute chair verra le Sauveur envoyé de Dieu. » Voilà ce que dit l’Ecriture ; cependant vous ne nous parlez que de corps. Que ne nous citez-vous plutôt le prophète Ezéchiel qui nous représente des os sortant de leurs tombeaux , se joignant les uns aux autres, et se tenant debout ; des nerfs qui s'étendent sur ces os, des chairs qui les environnent, et une peau qui les couvre? Que ne nous rapportez-vous l'exemple de Job, qui, vainqueur des douleurs qu'il souffrait, et ôtant avec un morceau de pot de terre la pourriture qui sortait de ses plaies, se soutenait au milieu de ses disgrâces par l'espérance et la certitude de sa résurrection future? « Qui m'accordera , » disait-il , « que mes paroles soient écrites? qu'elles soient tracées dans un livre , et, gravées sur une laine de plomb avec une plume de fer, ou sur la pierre avec le ciseau? Car, je sais que mon Rédempteur est vivant, et que je ressusciterai de la terre au dernier jour ; que je serai encore revêtu de cette peau, et que je verrai Dieu dans ma chair; que je le verrai, dis-,je, moi-même, et non un autre, et que je le contemplerai de nies propres yeux. C'est là l'espérance que j'ai , et qui reposera toujours dans mon coeur. » Qu'y a-t-il de plus formel et de mieux marqué due cette prophétie? Personne au monde , depuis Jésus-Christ , n'a parlé de la résurrection d'une manière plus claire que ce prophète a fait avant Jésus-Christ. Il veut que ses paroles demeurent éternellement , et qu'on les grave sur le plomb ou sur la pierre , afin qu'elles puissent échapper à la vicissitude des temps. Il est plein de l'espérance ou plutôt de la certitude de sa résurrection. Il sait que Jésus-Christ , son Rédempteur, est vivant ; il est assuré de ressusciter au dernier jour. Le Seigneur n'était pas encore mort, et déjà ce généreux athlète voyait son Rédempteur sortir du tombeau. Lorsqu'il dit : « Je serai encore revêtu de cette peau, et je verrai Dieu dans ma chair, » ce n'est pas qu'il aimât cette chair qui était couverte d'ulcères . pleine de corruption et de pourriture ; mais c'est que la certitude de sa résurrection et l'espérance des biens futurs lui faisaient mépriser les choses présentes. « Je serai , » dit-il, « encore revêtu de cette peau. » Où est-il ici fait mention d'un corps aérien ou composé d'une matière subtile et éthérée, et qui tienne de la nature des esprits? Là où il y a de la peau, de la chair, des os, des nerfs, du sang et des veines , il doit aussi y avoir un corps revêtu de chair, et distingué par le sexe qui lui est propre. « Je verrai Dieu, » dit Job , «dans ma chair. » Quand « toute chair verra le Sauveur que Dieu a envoyé, » c'est-à-dire, Jésus-Christ Dieu; « alors, je verrai aussi mon Rédempteur, mon Sauveur et mon Dieu; je le verrai, dis-je, dans cette chair qui maintenant me fait si cruellement souffrir , et qui aujourd'hui est toute épuisée par la grandeur de mes maux. Je verrai Dieu dans ma chair, parce qu'il m'a délivré par sa résurrection de toutes les misères dont je suis accablé. » Ne semble-t-il pas que Job écrivait dès lors contre Origène , et qu'il soutenait un nouveau combat contre les hérétiques, pour défendre la vérité de cette chair dans laquelle il souffrait? Il n'aurait pu voir sans chagrin l'inutilité de ses souffrances, s'il eût du ressusciter avec un corps spirituel et différent de celui qui avait été en proie à de si longues et si cruelles douleurs. Pour ruiner donc dans tous ses retranchements une confession équivoque et artificieuse , et pour ne lui laisser aucune ressource , il s'exprime d'une manière très claire, et répète plusieurs fois ces paroles : « Je le verrai moi-même, et non un autre, et je le contemplerai de mes propres yeux. » S'il ne doit point ressusciter avec le sexe qui lui est propre, ni avec le même corps qui a été étendu sur le fumier; s'il ne voit pas Dieu des mêmes yeux avec; lesquels il voyait les vers fourmiller dans ses plaies , où donc sera Job? Vous le détruisez pour mettre un fantôme à sa place; c'est comme si vous vouliez soutenir qu'un vaisseau qu'on a radoubé après le naufrage n'a aucune des parties dont il est composé.
