18.
Nous voyons ici la vérité de ce que nous lisons dans l'Evangile, qu'à la fin les élus mêmes, s'il est possible, se laisseront séduire par les faux prophètes. Le peuple ignorant entend parler de corps morts et ensevelis dans le tombeau; il entend dire que la résurrection des morts sera véritable et non point imaginaire ; que Jésus-Christ en montant au ciel y a porté avec lui les prémices de nos corps ; que nous devons ressusciter non point avec des corps étrangers et fantastiques, mais avec les mêmes corps dont nous sommes revêtus et avec lesquels nous sommes ensevelis dans le tombeau; de mime que Jésus-Christ est ressuscité avec le même corps qu'il avait durant sa vie mortelle, et qui a été mis dans le saint sépulcre. Et pour ne laisser aucun doute sur la sincérité de sa foi, l'évêque de Jérusalem ajoute enfin que Jésus-Christ rendra à chacun selon ses oeuvres bonnes et mauvaises dont le corps aura été l'instrument; couronnant ceux qui se seront servi de leurs corps pour vivre dans la chasteté et dans la justice, et condamnant ceux qui les auront plongés dans l'iniquité et dans de honteuses débauches. Une populace ignorante et crédule qui n'entend parler que de corps, de sépulture et de résurrection, ne peut s'imaginer qu'on ait dessein de lui faire illusion, et croit de bonne foi tout ce qu'on lui dit ; car les oreilles du peuple sont plus pures et plus innocentes que l'esprit et le coeur de l'évêque. Je vous prie donc, mon cher lecteur, et vous conjure de nouveau de prendre patience, pour apprendre ce que je n'ai découvert moi-même qu'avec le temps. Mais avant d'anatomiser la tête de ce dragon et d'expliquer la doctrine d'Origène sur la résurrection (car vous ne pouvez juger de la bonté de l'antidote, si vous ne connaissez pas toute la malignité du poison ), remarquez, je vous prie, et comptez exactement, et vous verrez que notre apologiste, parlant de la résurrection, a employé neuf fois le mot de corps, sans se servir une seule fois de celui de chair. Défiez-vous de ce silence affecté et perfide.
Origène donc dit en plusieurs endroits de ses ouvrages, mais particulièrement dans le quatrième livre de la résurrection, dans l'explication du premier psaume et dans ses oeuvres mêlées, « qu'il y a dans l'Eglise deux sortes d'erreurs sur la résurrection des morts. Car les uns ( c'est de nous qu'il parle ), gens grossiers et charnels, soutiennent que nous ressusciterons avec les mêmes os, le même sang, la même chair, le même visage et les mêmes parties dont notre corps est composé; et qu'ainsi nous aurons des pieds pour marcher, des mains pour travailler, des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, un estomac pour digérer les viandes, et un ventre que nous ne pourrons jamais rassasier; d'où l'on doit conclure que nous aurons besoin de boire et de manger, de nous décharger des excréments et des superfluités de la nature, d'avoir des femmes et d'user du mariage; car de quel usage seront les parties qui servent à la génération, si on ne se marie point? de quelle utilité seront et le ventre et les viandes, si, selon saint Paul, « Dieu doit détruire l'un et l'autre, » et si « la chair et le sang, comme dit le même apôtre, ne peuvent posséder le royaume de Dieu, ni la corruption entrer en possession de cet héritage incorruptible ? » Voilà, à ce qu'il prétend, les erreurs oit notre simplicité et notre ignorance nous a engagés.
