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Enfin Isidore arriva après s'être fait attendre pendant deux mois. Mais loin d'avoir rendu un témoignage avantageux de votre foi comme vous vous en flattez faussement,nous lui avons fait. connaître les raisons que nous avions de vous interroger à ce sujet. Car il nous demanda pourquoi nous avions communiqué avec vous, puisque vous étiez hérétique? Or nous lui avons répondu tous que nous n'en étions pas alors persuadés; mais qu'ayant refusé de répondre verbalement et par écrit aux accusations formulées contre vous par Épiphane, nous avions reçu des lettres de ce saint évêque, qui nous avertissait de ne point communiquer avec vous jusqu'à ce que vous eussiez rendu raison de votre foi ; que ce fait était constant , que nous avions pièces en main, et que nous étions prêts à les produire quand on voudrait. Voilà ce que nous avons répondu tous à Isidore, et non pas, comme vous osez l'avancer, que vous n'étiez point hérétique, parce qu'autrefois on ne vous avait pas accusé de l'être ; car selon votre raisonnement on ne devrait pas dire qu'un homme est malade , quand il a été sain avant sa maladie.
« Lorsqu'on vint à agiter la question de l'ordination de Paulinien et de ceux qui avaient été ordonnés avec lui, ils s'aperçurent bien que leur conduite en cette circonstance avait été très irrégulière. Néanmoins par un esprit de charité et de paix , on leur passait tout, et on exigeait seulement d'eux que, quoiqu'ils eussent été ordonnés contre toutes les règles de la discipline ecclésiastique, ils voulussent bien se soumettre à l’Eglise de Dieu, ne point faire de schisme parmi les fidèles, et ne se point rendre indépendants. Mais tout cela ne les accommodant point, ils abordèrent les matières de la foi, et déclarèrent devant tout le monde que, pourvu qu'on n'inquiétât point ceux qui étaient avec le prêtre Jérôme, ils ne nous diraient rien non plus; mais que si on prétendait condamner la démarche qu'ils avaient faite, leur intenter un procès sur l'ordination de Paulinien, comme ils ne pouvaient pas disputer sur ces sortes de matières, ni justifier l'irrégularité de leur conduite, ils se jetteraient sur les dogmes de la foi , non pas tant dans l'espérance de pouvoir me convaincre d'hérésie , que dans le dessein de noircir ma réputation. » Si cet endroit de l'apologie de Jean est confus et embarrassé qu'on ne s'en prenne point à moi, je l'ai traduit comme il est dans le texte grec. Au reste, je suis bien aise de me voir ici tout d'un coup rétabli au rang des prêtres et revêtu de la dignité du sacerdoce, dont je me croyais dépouillé.
