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Voici comment l'évêque de Jérusalem commence l'apologie qu'il a envoyée à Théophile, évêque d'Alexandrie : « Quoique vous soyez déjà assez occupé des affaires et du gouvernement de votre diocèse , cependant l'esprit de Dieu et la grâce apostolique dont vous êtes rempli vous obligent encore d'étendre vos soins et votre vigilance sur toutes les églises, particulièrement sur celle de Jérusalem. » Cet exorde ne roule que sur les louanges de la personne à laquelle il écrit. Mais vous qui paraissez si zélé pour la discipline de l'Eglise, qui vous réglez sur les canons du concile de Nicée, et qui, par une usurpation injuste, tâchez d'étendre votre juridiction sur des clercs qui demeurent avec leurs évêques et qui ne sont point soumis à votre houlette, dites-moi un peu, je vous prie, quel droit l'évêque d'Alexandrie a-t-il sur la Palestine? Si je ne me trompe, il a été arrêté, dans le concile de Nicée, que Césarée serait la métropole de la Palestine, et Antioche de tout l'Orient. Vous deviez donc envoyer vos lettres à l'évêque de Césarée, avec lequel vous saviez bien que nous avions communion parce que nous ne voulions point l'avoir avec vous; ou si vous vouliez porter votre affaire à un siège plus éloigné, vous deviez du moins vous adresser à l'évêque d'Antioche. dais je vois pourquoi vous n'avez pas voulu vous en rapporter au jugement des évêques d'Antioche et de Césarée ; vous saviez ce qu'il y avait à craindre pour vous, et-vous avez mieux aimé importuner un prélat déjà accablé d'affaires, que de rendre à votre métropolitain l'honneur que vous lui deviez.
Quand je parle ainsi, ce n'est pas que je blâme la démarche que vous avez faite à Alexandrie (quoique la trop grande liaison qui existe entre votre envoyé et vous me soit fort suspecte), mais c'est que vous deviez vous justifier devant ceux qui vous interrogeaient et qui étaient sur les lieux. Vous avez envoyé le prêtre Isidore, qui est un homme de Dieu et d'une piété universellement reconnue , un homme de poids et d'autorité, tant pour son air important et sa lionne mine que pour la vivacité et l'étendue de son esprit ; vous l'avez envoyé pour guérir des esprits malades, pourvu néanmoins qu'ils lussent sensibles ci leurs maux. C'est un homme de Dieu gui a envoyé un autre homme de Dieu, car il n'y a point de différence entre l'évêque et le prêtre; celui gui est envoyé est égal en dignité à celui qui envoie, ce qui me parait assez irrégulier; c'est là, comme on dit, faire naufrage au port. Cet Isidore, dont vous élevez le mérite jusqu'au ciel, répète à Alexandrie les mêmes choses dont vous nous étourdissez à Jérusalem : ce qui fait voir qu'il n'est pas tant votre envoyé que le compagnon et le partisan de vos erreurs. Le prêtre Vincent a reçu et conserve encore une lettre qu'Isidore a écrite de sa propre main et qu'il nous adressa trois mois avant d'aller à Alexandrie, lettre dans laquelle il fait assez connaître ses erreurs, exhortant le chef de votre parti à soutenir constamment les intérêts de la foi et à ne point s'épouvanter de ce qu'il appelle nos visions et nos chimères. Il écrit qu'il viendra à Jérusalem avant qu'on soit informé de sa mission, et qu'à son arrivée il fera échouer tous les desseins de ses adversaires. « Comme on voit (ce sont ses propres termes) la fumée se dissiper dans les airs et la cire se fondre auprès du feu, de même l'on verra à mon arrivée disparaître tout à coup ceux qui s'opposent à la foi de l'Église, et qui aujourd'hui font tous leurs efforts pour troubler cette même foi par les dangereuses impressions qu'ils donnent à des gens simples et crédules. »
