19.
« Les autres ( il parle des hérétiques, Marcion, Apellès, Valentin et Manès, qui signifie extravagance ), les autres, dit-il, nient absolument la résurrection de la chair et du corps, et prétendent que l'âme seule sera sauvée, qu'en vain nous nous flattons que notre résurrection sera semblable à celle de Jésus Christ, puisqu'il n'est ressuscité , qu'en apparence et qu'il n'a eu, non-seulement dans sa résurrection, mais même dans sa naissance, qu'un corps fantastique et apparent. »
Origène dit qu'il ne saurait partager ni l'une ni l'autre de ces opinions ; qu'il a horreur et de la résurrection charnelle que nous admettons, et de la résurrection fantastique qu'enseignent les hérétiques; que ces deux opinions sont également outrées, et donnent dans des extrémités contraires ; les uns soutenant qu'ils seront tels qu'ils ont toujours été, et les autres niant absolument la résurrection des corps. «Tous les philosophes, dit-il, et tous les médecins conviennent que toutes les choses sensibles et les corps humains sont composés de quatre éléments, savoir, de terre, d'eau, d'air et de feu. La terre est représentée par la chair, l'air par la respiration, l'eau par l'humide radical et le feu par la chaleur naturelle. Or, lorsque Dieu aura séparé l'âme d'avec le corps terrestre et périssable, chaque chose se réunira à son principe; la chair deviendra terre, la respiration et le souffle qui nous anime se dissipera dans les airs, l'humide radical rentrera dans les abîmes d'eau, et la chaleur naturelle. s'élèvera vers la sphère du feu. Il en sera, de la résurrection de nos corps comme d'un setier de lait ou de vin qu'on répandrait dans la mer , et qu'on voudrait ensuite séparer d'avec l'eau après leur mélange et leur absorption; car de même que ces liquides qu'on répand ne sont pas détruits par l'eau de la mer, et que cependant on ne peut pas les séparer après les avoir mêlés ; de même notre chair et notre sang ne périssent pas en se réunissant à la matière première dont ils étaient composés; néanmoins ils ne peuvent jamais redevenir ce qu'ils étaient, ni être rétablis dans leur premier état. »
« Selon ce principe on ne peut pas dire que nous ressusciterons avec un corps composé de chair, de sang, de nerfs, de veines et d'os, mais nous avons une autre idée de la résurrection des corps qui sont ensevelis dans le tombeau et réduits en poussière; car nous croyons due Paul sera Paul, et que Pierre sera Pierre; en un mot, que chacun ressuscitera avec son propre corps; parce qu'il n'est pas juste de punir dans un corps une aime qui a péché dans un autre, ni de couronner un corps qui n'a point souffert pour Jésus-Christ, à la place d'un autre qui a répandu son sang par amour pour lui. »
