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Zénobie, sensiblement affligée de la défaite de son armée, tint conseil pour délibérer sur l’état présent de ses affaires. L’avis commun des chefs fut d’abandonner Émèse, dont les habitants s’étaient déclarés pour le parti des Romains, et de se retirer à Palmyre pour y chercher à loisir les moyens de pourvoir à leur sûreté. Cette résolution ne fut pas plus tôt prise qu’exécutée.
Aurélien ayant appris la fuite de Zénobie, entra dans la ville d’Emèse, dont les habitants le reçurent fort volontiers. Il s’empara des richesses que Zénobie n’avait pu emporter, et prit le chemin de Palmyre. Quand il y fut arrivé, il y mit le siège, et tira des peuples d’alentour les provisions nécessaires pour la subsistance de son camp. Les Palmyréniens avaient l’insolence de faire de sanglantes railleries de l’empereur, comme s’il eût attaqué une place imprenable. Un d’eux n’ayant pas même épargné sa personne, un Persan lui dit: Seigneur, si vous voulez, vous verrez incontinent mort à vos pieds, cet insolent qui vous outrage. L’empereur lui ayant témoigné qu’il en serait bien aise, le Persan fit avancer quelques soldats devant lui pour le couvrir, et tira avec son arc sur celui qui vomissait des injures, et qui était avancé sur un créneau de la muraille, le perça de part, en part et, le fit tomber mort en présence de l’empereur et de l’armée.
