CHAPITRE XXXI. L'HUMILITÉ NÉCESSAIRE AUX VIERGES.
31. Nous n'avons rien négligé pour exalter, comme il le mérite, le privilège de la chasteté. Mais plus il est excellent et divin, plus il nous impose aussi la nécessité de parler de sa plus sûre gardienne, l'humilité. Si, appuyées sur les saintes Ecritures, les vierges se comparent aux personnes mariées, elles se trouveront supérieures par leurs oeuvres et par la récompense, par leur veau et par la couronne qui l'attend. Mais qu'aussitôt elles se rappellent ces paroles de l'Ecriture : « Plus tu es grand, plus tu dois en tout t'humilier et tu trouveras grâce devant le Seigneur1». La mesure de l'humilité pour chacun, est la mesure même de sa grandeur. De là le danger de l'orgueil, dont les insinuations perverses sont toujours en proportion du degré d'élévation. Il est immédiatement suivi de la jalousie, sa compagne et sa fille. En effet, c'est de l'orgueil qu'est issue la jalousie ; la mère et la fille sont inséparables. Le grand maître de ces deux vices, c'est le démon. Voilà pourquoi la religion chrétienne s'attaque avant tout à l'orgueil et à sa fille, la jalousie. Son précepte par excellence, c'est l'humilité, principe et sauvegarde de la charité. C'est de la charité que l'Apôtre dit : « Elle ne jalouse pas » ; et comme s'il voulait en donner la raison, il ajoute aussitôt : « Elle ne s'enfle pas2 » ; c'est-à-dire, elle repousse l'envie parce que l'orgueil lui est en horreur. La première chose que fit Jésus-Christ, le grand docteur de l'humilité, fut « de s'anéantir lui-même en prenant la forme d'esclave, en se faisant semblable à l'homme et en prenant l'extérieur de l'homme; il s'est humilié lui-même en se faisant obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix3 ». Que la doctrine de Jésus-Christ se propose d'une manière spéciale d'insinuer l'humilité ; qu'elle en fasse un précepte vivement recommandé, comment recueillir tous les documents qui le prouvent, ou en donner une explication complète? Que celui qui voudra faire un traité spécial de l'humilité, tente cette noble entreprise; mais tel n'est pas le but de cet ouvrage; du reste, la vertu dont il y est traité est si grande, qu'elle doit avant tout se défier de l'orgueil.
