DISCOURS SUR LE PSAUME CXXXVIII.
SERMON AU PEUPLE.
LES BONS ET LES MÉCHANTS DANS L’ÉGLISE.
Le pain que nous devons manger à la sueur de notre front, c’est le Christ, chef de l’Eglise tirée de sou coeur comme Eve du côté d’Adam. De là vient que dans notre psaume et dans beaucoup d’autres, c’est le Christ qui parle, tantôt comme chef, tantôt au nom des membres. S’il appelle Dieu Seigneur, c’est dans son humanité. Le Seigneur donc l’a connu quand il s’est assis et quand il s’est levé, c’est-à-dire dans sa passion et dans sa résurrection, ou dans l’homme qui s’abaisse par l’aveu, et s’élève par l’espérance. Dieu voit de loin nos pensées, quand nous sommes éloignés de lui par le péché, comme le prodigue loin de son père ; il voit nos sentiers et le terme de nos égarements, aussi nous afflige-t-il alla de nous rappeler à lui. Nous ne saurions le voir tel qu’il est ; il prenait une forme créée afin de parler à Moïse, qui le vit, mais seulement quand il lut passé, c’est-à-dire en sa passion, comme tes Juifs, qui le virent sans reconnaître qu’il était Dieu. Seulement après qu’il fut passé, à la Pentecôte, Pierre leur dit ce qu’ils devaient faire. Telle est la science de Dieu qu’il faut qu’il nous donne. En vain nous voulons le fuir, il est dans le ciel où nous nous élevons par la vertu, et dans l’abîme pour nous châtier, si nous y descendons par le péché. Allons aux extrémités de la mer, ou à la fin des siècles, avec les voiles de la charité, et Dieu nous conduira, autrement la fatigue nous ferait tomber dans la mer. Au milieu des scandales de cette vie, qui est la nuit, le Christ sera notre lumière ; nous retomberons dans les ténèbres par le péché, et en tes défendant nos ténèbres s’obscurciront ; le Seigneur les éclaire par le châtiment, et quand nous reconnaissons que ce châtiment vient de Dieu. Job était dans la lumière du monde, ou dans la prospérité ; c’était une lumière dans la nuit, et alors il regarda les ténèbres ou le malheur du même oeil que la lumière ou la prospérité, parce que Dieu, sa lumière intérieure, était le maître de ses affections, et l’avait reçu dès le sein de sa mère ou de Babylone qui met sa joie dans les prospérités temporelles, comme la synagogue dégénérée, figuier sans fruit. Pour nous, le mal c’est le péché. La majesté de Dieu est terrible ; il nous a formé un os intérieur ou donné cette force de souffrir, et avec joie, que n’avaient point les Apôtres avant la passion. Nonobstant leur imperfection le Seigneur les maintint dans son livre ; ils s’égarèrent pendant que le Sauveur était avec eux, puis revinrent à lui, s’affermirent, et se multiplièrent. Alors les méchants suscitèrent des schismes en disant à d’autres : Eloignez-vous de moi ; ou plutôt, ils s’éloignèrent de l’Eglise, sous prétexte qu’il y a des méchants. Mais être avec des méchants, ce n’est point approuver leurs oeuvres ; je les hais d’une haine parfaite, réprouvant les oeuvres, aimant les hommes, de même que Moïse frappait les coupables et priait pour eux. Que le Seigneur nous éprouve, et nous conduise dans la voie éternelle qui est le Christ.
