I.
Gaudentius, évêque donatiste de la ville de Thamugade, menaçait de mettre le feu à- son église et de s'y brûler vif, lui et quelques sectaires qu'il avait fanatisés. Dulcitius , que ses fonctions de tribun et de notaire rendaient recommandable, et qui avait été chargé par le pieux empereur d'appliquer les lois destinées à rétablir l'unité, usait d'une douceur extrême à l'égard de ces furieux, et avait d'abord écrit à ce même Gaudentius pour le rappeler à des dispositions pacifiques. Gaudentius lui adressa, comme réponse, deux lettres, l'une très-courte, confiée à la hâte à des courriers très-pressés, l'autre très-longue, toute composée de passages de l'Ecriture, qui à ses yeux formulaient complètement sa réponse. Or, avec l'aide de Dieu, je me propose de donner de ces deux lettres une réfutation si péremptoire, que les intelligences les moins cultivées seront forcées d'avouer que je n'ai rien laissé sans réponse. Je citerai d'abord ses propres paroles, que je ferai suivre immédiatement de la réplique. Ce n'est pas ainsi que j'ai procédé quand j'ai répondu à l'écrit de Pétilianus. Pour annoncer que je citais ses paroles, je me servais de cette formule : « Pétilianus ajouta » ; et quand je parlais de moi, j'ajoutais : « Augustin répondit ». Pétilianus m'accusa calomnieusement de mensonge, sous prétexte qu'il n'avait jamais eu aucune discussion avec moi. Mais n'a-t-il pas dit ce qu'il a écrit, et si je n'ai pas entendu les paroles que je cite, ne les ai-je pas lues dans a lettre? Ou bien comment soutenir que je n'ai pas répondu, parce que je n'ai jamais engagé aucune discussion avec lui, et que je me suis contenté de répondre par lettre? Que ferons-nous à des hommes qui ont un tel coeur, ou qui, s'ils ne l'ont pas, le supposent gratuitement dans les autres? Eh bien ! nous les satisferons tous. Quand nous citons les paroles de Gaudentius, nous ne disons pas : « Gaudentius a dit », mais nous annonçons ses paroles en disant: « Texte de la lettre »; de même, quand nous répondons, nous ne disons pas : « Augustin répondit », mais simplement : « Réponse ». Commençons donc à réfuter, de Gaudentius, celle de ses lettres, qui fut à la fois la première et la plus courte.
