XXIII.
Nous avouons avec vous que ce n'est pas uniquement aux Apôtres qu'il a été dit « Vous serez heureux lorsque les hommes vous persécuteront ». En effet, ces paroles s'appliquent, non pas à tous ceux qui ont souffert, qui souffrent ou souffriront la persécution, mais à tous ceux qui, comme les Apôtres, souffrent persécution pour la justice. Le Sauveur avait dit un peu plus haut « Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieux leur appartient1 », et ce n'est qu'après ces premières paroles qu'il ajoute celles que vous rappelez et que vous voudriez en vain vous appliquer. N'est-ce pas en vain que vous vous attribuez ce bonheur, puisque vous ne donnez aucune preuve en vous-mêmes de cette justice à laquelle celte récompense est promise ? on peut affirmer au contraire que c'est pour l'iniquité que vous souffrez, à tel point que vous avez moins à souffrir des autres que de vous-mêmes, comme si vous vouliez anticiper sur le jugement de Dieu et vous infliger, dans une certaine mesure, les châtiments que vous méritez. Comme vous l'avez dit vous-même, ce n'est pas uniquement aux Apôtres, mais à tous les fidèles que s'appliquent les promesses de la foi; car, autrement, cette foi serait:pour eux sans récompense; de même, ce n'est pas uniquement aux Apôtres, mais à tous les fidèles qui dans la suite devaient souffrir persécution pour la justice, qu'il a été dit . « S'ils vous persécutent dans cette cité, fuyez dans une autre2 ». Pourquoi n'en agissez-vous pas ainsi, si vous ne formez qu'une seule société avec ceux à qui s'adressent ces paroles? Mais dussiez-vous en agir ainsi, ce ne serait pas une raison suffisante pour nous faire conclure que vous êtes en communion avec eux, car des voleurs poursuivis par la justice ne peuvent-ils. pas également passer de ville en ville ? Mais bornons-nous à constater un fait ; c'est que vous refusez d'imiter cette conduite, et par cela seul, vous prouvez clairement que vous n'êtes pas du nombre de ceux à qui ces paroles furent adressées. Ce n'est pas tout ; comme si, sous le vain prétexte de vous excuser , vous preniez à tâche de montrer, de plus en plus évidemment, que vous n'êtes pas du nombre des vrais chrétiens , vous osez dire qu'il ne s'offre à vous aucun de ces lieux de refuge, quand cependant l'Evangile déclare formellement qu'il y en aura toujours jusqu'à la fin du siècle. Pourtant n'ayez pas, je vous prie, la vaine prétention de démontrer par cette réponse la fausseté de la promesse; la seule chose que vous prouvez; c'est que vous n'êtes pas du nombre de ceux à qui cette promesse a été faite; et dès lors, que vous n'êtes pas de véritables martyrs, mais de fallacieux hérétiques. Que pouvons-nous vous dire de plus, puisque vos paroles elles-mêmes vous condamnent ?
