Chapitre VIII.
Un certain Syrien (Asouéri), nommé Marapas de Kadina,1 homme d'un esprit très ingénieux et très exercé, alla, par ordre de notre roi Valarsace (Vaghar-schak), à la cour des rois de Perse, pour chercher et obtenir des livres historiques en chaldéen et en grec. Il y trouva un volume important, qui avait été écrit en chaldéen (k'haghtéatsi) et traduit en grec (iouin) par ordre d'Alexandre (Aghiek'hsantroues), fils de Nectanébo (Niek'hdanipe). Ce livre contenait l'histoire détaillée d'un grand nombre de nations ; mais Marapas laissa à d'autres le soin de travailler sur l'histoire des autres peuples : il se contenta seulement de prendre ce qui concernait la nôtre, et il présenta son travail au roi Valarsace, qui s'empressa de nous faire alors connaître les véritables actions de notre nation. Nous savons que le premier prince et le chef de notre race est Haïg, fils de Thorgoma, qui était distingué par sa beauté, sa vaillance et sa force gigantesque. Il est connu qu'il était avec les énormes géants qui convinrent, dans un conseil impie, d'élever un monument colossal de leur arrogance. Mais, selon les histoires sacrées, une terrible tempête s'éleva : Dieu lui ordonna de souffler ; la superbe tour qu'ils avaient élevée fut entièrement renversée, et ils reçurent le châtiment dû à leur entreprise impie. C'est après cet événement que Nembroth (Niéprouevth), qui est le même que Pel, s'éleva avec insolence, et qu'il forma sa monarchie en soumettant à sa puissance les autres hommes et même les géants. Notre Haïg, doué d'un caractère fier et orgueilleux, ne put supporter la domination de Pel ; en conséquence il vint se fixer dans notre patrie avec son fils Aramanéag (Aramaniéak),2 qui était né à Babylone (Papielouen), et avec ses filles, ses petits-fils, ses serviteurs et tous ceux qui voulurent se joindre à lui. Nembroth ou Pel se mit à la poursuite de Haïg avec son année, composée d'hommes courageux armés de flèches, d'épées et de lances ; il l'atteignit dans une plaine située au milieu d'une petite vallée, où ils se livrèrent un combat qui répandit partout la crainte et la terreur. Enfin Haïg, saisissant son arc et une flèche triplement empennée, dirigea le trait contre l'armure de fer de Nembroth, qu'il frappa entre les deux épaules. Haïg, après cela, s'occupa à cultiver et à fertiliser la terre ; il gouverna comme un père et avec tant de bonté, que le pays prit de lui le nom de Haïk'h. Ce prince fonda ensuite une quantité considérable de villes et d'habitations ; puis il mourut après un grand nombre d'années, et confia notre pays à son fils Aramanéag. Lorsque celui-ci devint notre monarque, il fixa sa demeure dans une magnifique plaine qui était environnée de tous côtés par les hauts sommets de montagnes couvertes de neiges, et arrosée par beaucoup de fleuves rapides, qui divisaient en plusieurs parties toute son étendue. Il fit bâtir une habitation dans l'une des vallées des montagnes situées vers le nord. Cette chaîne de montagnes fut appelée de son nom Aragadz, et la contrée située au pied fut nommée Aragadzodn (Arakadzouedn). Aramanéag eut ensuite un fils nommé Armaiis ; et, quelques années après, il mourut. Armaiis fonda une ville et un palais dans la même vallée, sur une colline située au bord de l'Araxe (Iéraskh). Il l'orna de monuments de pierre admirables, et la nomma Armavir. Ce prince est célèbre par un grand nombre d'actions courageuses, suffisamment connues et qu'il est inutile de raconter ici. Il fut très puissant pendant sa vie, et eut un fils appelé Amasia. Après la naissance de ce fils il vécut peu de temps. Amasia habita d'abord Armavir comme son père, mais ensuite il se fit bâtir une habitation du côté du midi, au pied d'une chaîne de montagnes. Il donna à ces montagnes le nom de Masis, et la vallée qui est à leur pied s'appela la province de Maséatsodn (Masiéatsouedn). Quelques années après il engendra Giegham, et il mourut ensuite. Giegham partit de sa résidence et marcha vers le nord-est, où il trouva d'autres montagnes. Quand il fut arrivé dans cet endroit il fonda un bourg et un palais sur les bords d'un lac. Les montagnes furent appelées Giegham, de son nom, et la contrée située sur le bord du lac fut nommée Gieghark'houni. Giegham eut deux fils, Harma et Sisag ; il ordonna à Harma d'aller habiter à Armavir et de gouverner le pays de ses pères. Il donna pour demeure à Sisag tout le pays qui s'étend depuis le rivage sud-est du lac dont j'ai parlé jusqu'à une plaine traversée par l'Araxe, qui y tombe dans un gouffre. Après avoir passé par des vallées étroites et difficiles, le fleuve atteint, entre des rochers, une ouverture étroite qui est appelée aujourd'hui, à cause du bruit, K'haravaz. Giegham retourna ensuite dans cette vallée, et il y fonda une grande habitation fort belle qu'il nomma Gieghami, et qui, dans la suite, fut appelée Garhni, du nom d'un certain Garhnik. Giegham mourut après cela. Harma donna le jour à Aram et mourut quelques années après. L'histoire rapporte qu’Aram fit beaucoup de belles actions et d'exploits guerriers : ses grandes conquêtes agrandirent l'Arménie de tous les côtés. Par son bouillant courage il subjugua tous les peuples, nos voisins, qui, depuis ce temps-là, nous ont, de son nom, appelés Arméniens (Armanéak). Quelques-uns de ces peuples se soumirent à lui volontairement ; il en conquit d'autres soit par la ruse, soit, et ce fut le plus grand nombre, par une suite de combats opiniâtres, et il les réunit tous sous sa domination. Cette contrée, qui s'étend jusqu'au Pont (Bouendoues), et que les Grecs nomment encore Brhodoun Armenia, fut appelée alors Première Arménie. Le pays qui s'étend depuis le Pont jusqu'à la ville de Mélitène (Mielidiné) fut nommé Seconde Arménie ; la Troisième s'étendait depuis Mélitène jusqu'aux limites de la Sophène (Dzouep'hk'h). Le pays qui s'étend depuis la Sophène jusqu'à Martyropolis, avec la province d'Aghdsnik'h à l'occident, fut appelé Quatrième Arménie. Toutes ces contrées étaient situées hors des limites de la souveraineté légitime d'Aram, laquelle reçut la dénomination de Grande Arménie. Quelques années après son avènement, Aram engendra Ara surnommé le Beau,3 et ne mourut qu'après avoir régné fort longtemps. Ara prit alors le gouvernement du pays. La plaine où il habita fut appelée, de son nom, Ararad. Au bout de quelques années, l'héroïne Sémiramis (Schamiram) devint éperdument amoureuse de lui. Ayant entendu parler de son extrême beauté, cette reine lui envoya plusieurs fois des ambassadeurs qui lui promirent d'immenses présents et les plus grands honneurs, s'il consentait à venir la prendre pour épouse ou du moins à venir contenter ses impatients désirs. Celui-ci refusant de satisfaire sa passion, Sémiramis s'avança alors avec rapidité dans l'Arménie contre Ara. Ce n'était ni pour l'obliger à fuir, ni pour le tuer, mais pour le subjuguer et le prendre de force qu'elle fit cette guerre : elle voulait l'attendrir et le rendre favorable à ses désirs. Elle recommanda à son armée de respecter la vie de celui qu'elle aimait ; mais, au milieu de la bataille, ce prince fut tué en combattant, sans être connu. Il laissa un fils nommé Gartos (Kartoues). L'amoureuse Sémiramis, à cause de la passion qu'elle avait eue pour Ara, donna au jeune Gartos le nom de son père. Elle confia à ce prince l'administration de l'Arménie : il mourut dans la suite en combattant contre cette même Sémiramis. Il laissa un fils appelé Anouschavan, et nommé aussi Sos, qui était doué d'une grande habileté et de beaucoup de prudence dans toutes les affaires. Pendant quelque temps il ne régna que sur une partie de l'Arménie, mais ensuite il fut maître de la totalité du pays. Ge prince ne mourut qu'après avoir vécu très longtemps. Ses fils ni ses parents n'héritèrent point de sa souveraineté : des hommes étrangers à sa race s'en emparèrent par violence, et ils régnèrent sur la race de Thorgoma, non par droit de succession, mais par droit de conquête. Les noms de ces divers princes sont Bared, Arpag (Arpouek),4 Zavan, P'harhnag,5 Sour. Du temps de ce dernier, Jésus (Iésou) mit les enfants d'Israël en possession de la terre promise. Après Sour régnèrent Honag (Houénak), Ampag, Arhnag, Noraïr (Nouéraïr). Vesdam (Usdam), Korhag (Kargrhak), Hrand, Endsag (Endsak'h), Tghag, Havan, et Zarthaïr, qui périt à la guerre de Troie (Ieghiakan) avec les Éthiopiens (Iethouevbatsi). Après Zarmaïr régnèrent Berdj (Bierdj), qui vivait du temps de David (Tavith), roi d’Israël ; Arpoun, Pazoug, Hoï (Houéï), Housag, Gaïbag et Sgaîorti (Skaiouerti) ; après eux régna Baroïr (Barouir), qui rétablit le nom de la nation arménienne,6 dont la souveraineté était détruite depuis longtemps : il fut le premier qui ceignit chez nous le diadème des rois, parce qu'un Mède (Miétatsi), nommé Varbag,7 s'étant joint avec des hommes courageux qui étaient ses amis, ainsi que le vaillant et heureux Baroïr, il finit par se former un royaume puissant et glorieux, en s’emparant, avec leur secours, du roi d'Assyrie (Asouériesdan) Sardanapale (Sartanabaloues), qui régnait à Ninive (Ninouévé). Les panégyristes de notre nation ont déjà célébré les louanges de Baroïr, et je n'ai pas envie d'en parler après eux. Depuis lui les souverains de notre pays ne furent plus appelés simplement princes, mais ils prirent le titre de rois. Sous le règne de Baroïr, les Ardzrouniens (Ardzrounik'h), fils de Sénakhérim (Siénék’herim),8 vinrent s'établir en Arménie : ce prince les reçut avec bonté ; Baroïr laissa après sa mort un fils nommé Hratchéa (Hratchiéa), c'est-à-dire éclat de la vue, parce qu'effectivement ses regards étaient extrêmement vifs et brillants. De son temps Nabuchodonosor (Napouegouetouenouesouéroues) fit la conquête de la Judée (Hréasdan). Hratchéa lui demanda l’un des principaux captifs nommé Sempad (Schampad), il lui donna une habitation dans son royaume, et le traita avec beaucoup d'honneur et de distinction : c'est de cet homme que la famille des Pagratides9 (Pagradounik'h) tire son origine. Après Hratchéa, P’harnavaz monta sur le trône d'Arménie et régna avec gloire ; après lui régna Badjoïdj, ensuite Gornhag (Krhouénak),10 P'havos (Phavoues), un second Haïg, enfin Érovant (Iérouévant), qui occupa le trône fort peu de temps, et qui donna le jour au grand Tigrane (Digran) : leurs noms et leurs actions sont connus ; nous tes trouvons rapportés dans les livres chaldéens écrits du temps de Tibère (Dipiéroues), et qui étaient à Ninive et à Edesse (Iétiséia). Parmi tous nos rois, il n'y en a jamais eu qui fussent doués d'autant de prudence et d'habileté que Tigrane. Après qu'il se fut illustré par beaucoup de belles actions guerrières et politiques, il détruisit la monarchie des Mèdes (Mark'h) et régna indépendant. Les Grecs furent longtemps soumis à sa domination ; à la fin il tua Astyage (Ajtahak) et fit la conquête de son royaume.
Il secourut la reine Anouisch, aida Cyrus (Kioueroues) à s'emparer de la souveraineté des Mèdes (Mark'h) et des Perses (Barsik'h), et rétablit notre patrie dans ses anciennes limites naturelles ; outre cela il les étendit considérablement, et il contraignit de lui payer tribut beaucoup de nations qui, jusqu'alors avaient été indépendantes. Tigrane était très célèbre pour sa grande libéralité : on en garde encore le souvenir. Il était également très prudent, sobre, éloquent, et vraiment digne de louange pour ses discours et ses actions, aussi bien que pour sa conduite politique et son égale bienveillance envers tous les hommes ; il ne mérite pas non plus moins d'éloges pour sa valeur dans les combats ; aussi l'histoire est-elle remplie du bruit de ses louanges. Il oubliait promptement les malheurs et l'adversité ; mais il ne pardonnait pas à celui qui, en chantant ses louanges, relevait au-dessus de ceux qui l'avaient précédé. Tigrane eut pour fils Pap, Tiran et Vahagh.11 Les anciens chanteurs racontent, au sujet de ce dernier, qu'il combattit contre des dragons et qu'il les vainquit. Ils comparent ses exploits à ceux du divin Hercule (Hiéraklié), ajoutant qu'on lui éleva une statue, et qu'on lui offrit des sacrifices. Vahagh est le chef de la famille des Vahouniens (Vahounik'h) ; il eut des fils : le plus jeune d'entre eux fut Arhaviené,12 chef de la race des Arhaviéniens (Arhaviéniéank'h). Ce prince fut père de Nersèh (Niersèh), père de Zareh, duquel descend la race des Zaréhavaniens (Zariéhavaniéank'h). Zareh fut père d'Armog (Armouek), père de Païgam, père de Van, père de Vahé,13 qui combattit avec courage contre Alexandre le Macédonien (Aghiek'hsantr Makiétouénatsi), et fut tué par ce prince. Depuis ce temps jusqu'à l'époque où le Parthe Valarsace14 (Vagharschak) devint roi, on ne trouve plus l'histoire d'une manière suivie, et les généalogies sont interrompues. Tout est rempli de confusion et plongé dans le désordre jusqu'à la retraite des étrangers ; tous les faits qui les concernent sont entièrement inconnus. Au reste j'ai parcouru pour vous, avec soin, tous les auteurs qui ont composé des abrégés d'histoire ou des histoires complètes ; j'ai trouvé que tous sont d'accord à mettre entre notre Haïg et le règne de Valarsace (Vagharschak) un espace de deux mille deux cent quatre-vingt-quinze ans.15 Je raconterai maintenant, en peu de mots, le règne de Valarsace et des princes de sa race qui ont occupé le trône après lui et qui sont appelés Arsacides (Arschakounik'h), et je ferai connaître les événements arrivés de leur temps, autant que cela me paraîtra utile. Alexandre, fils de Philippe (Philibboues), étant devenu le maître de beaucoup de nations, donna son nom à son empire. Après sa mort Seleucus (Siélievkoues) régna à Babylone, et livra de rudes combats au Parthe et à ses sujets. Son successeur fut Antiochus (Andiouek'houes), surnommé Soter (Sovdr). Ils régnèrent à peu près soixante ans ; ensuite les Parthes (Barthierk'h) s'affranchirent du joug des Macédoniens ; alors Arsace (Arschak), descendant d'Abraham par Céthura (Giédoura), que ce patriarche épousa après la mort de Sarha, régna sur les Perses, les Mèdes, les Babyloniens (Papiélatsit'k), et les appela Barthiev c'est-à-dire violence ou tyrannie. Arsace (Arschak) livra beaucoup de combats à des nations vaillantes et jusqu'alors invincibles ; il soumit tous les rois à sa puissance, et par l'étendue de sa domination il semblait être le chef des fois. Il créa ensuite roi d'Arménie son frère Valarsace (Vagharschak), homme prudent, adroit et vaillant. Ce prince remporta beaucoup de victoires sur ses ennemis, fit un grand nombre d'institutions civiles, et fut, par ses belles actions, l’ornement de son siècle. Il s'occupa particulièrement de la splendeur de la royauté ; il créa un grand nombre de souverainetés, après avoir porté son attention sur les mœurs. Ces souverainetés furent formées pour donner de l'éclat à son trône ; il en créa aussi sur les limites de ses états, selon que cela lui parut convenable, et il en investit les descendants de Haïg et ceux de quelques autres hommes distingués. Il donna la chargé pour couronner les rois à Pagrad, descendant de Sempad (Schampad), qui, dit-on, était de la race de David ; il fit ensuite beaucoup de présents à ce personnage ; il le nomma sbarabied et chef des corps de dix taille et de mille hommes. Valarsace fit la guerre avec courage et conquit le Pont, la ville de Césarée (Kiésaria), nommée aussi Mazaca (Majak), avec le territoire qui l'environne ; il donna des lois à la contrée qui est située sur le bord de la mer, vers le mont Caucase (Kouevkas). Il contraignit d'obéir à ses ordres royaux plusieurs nations sauvages qui ne vivaient que de pillage, de vol, de dévastations et d'autres actions aussi détestables. Il honora beaucoup les familles nobles, et il les éleva presque à la dignité royale. Après que Valarsace eut réglé tout ce qui concernait le royaume au dehors, il s'occupa d'arrêter un plan admirable pour fixer l'ensemble et l'organisation de la royauté, et l'environner d'éclat : il créa, à cet effet, la charge relative au couronnement des rois, dont j'ai déjà parlé ; ensuite il forma des gardes pour veiller autour des rois, puis des officiers chargés, les uns, des oiseaux, des chasses et des aliments, les autres, de l'ameublement des palais. Il nomma aussi des généraux et des prêtres ; il créa des charges pour porter, dans les cérémonies, des bâtons surmontés d'aigles et d'éperviers ; d'autres charges pour préparer des logements d'été et d'hiver, et un nombreux corps de troupes pour garder les portes du palais des rois et faire le service dans l'intérieur. Il ordonna encore que la postérité du Mède Astyage serait considérée comme la seconde du royaume : elle est actuellement appelée Mouratsan. C'est ainsi que Valarsace arrangea tout ce qui était particulièrement nécessaire aux rois. Il créa ensuite des gouverneurs de provinces, des gouverneurs de districts, des princes, des généraux de cavalerie, des généraux d'armées et des gouverneurs de frontières. Il plaça un gouverneur au nord, dans la province de Gougark'h,16 et un autre au sud-ouest, dans celle d'Aghdsnik'h. Il fit encore des lois pour la distribution du temps dans sa cour ; il régla qu'il y aurait un temps pour le conseil, un autre pour les festins et un autre pour les amusements. Il institua aussi deux commémorateurs ; l'un devait rappeler au roi toutes les bonnes actions qu'il pouvait faire, et le reprendre avec soumission sur les ordres injustes qu'il avait pu donner ; l'autre devait lui rappeler la punition des coupables et tout ce qui concernait la justice. Valarsace régla encore que les habitants des villes seraient regardés comme supérieurs à ceux des villages. Toutefois il enjoignit aux citadins de ne pas s'enorgueillir et de ne pas regarder les villageois comme inférieurs à eux, mais de se conduire honnêtement avec eux, et de les traiter comme des frères pour avoir la tranquillité et la paix. Après toutes ces belles ordonnances et ces magnifiques institutions, Valarsace mourut à Nisibe (Mdzpin), après un règne de vingt-deux ans. Son fils Arsace (Arschak) lui succéda. On rapporte qu'il fut l’émule et l'imitateur des belles actions de son père. Ce prince fit la guerre aux peuples du Pont (Bouendasik'h) et les vainquit. On raconte de lui une chose merveilleuse : il enfonça dans la terre le fer de sa lance, et il l'en retira teint du sang de serpents, ce qui fut regardé comme un signe évident de sa vaillance. De son temps, quelques habitants de la Bulgarie (Poughkar), qui est dans le Caucase (Kavkas), sortirent de ce pays et vinrent se fixer dans les environs de Gouegha. Arsace persécuta les Juifs (Hreik'h) à cause de la religion de leurs pères ; deux d'entre eux périrent par l'épée après avoir enduré beaucoup de tourments. Ils moururent comme saint Eléazar (Ieghiéazar) et les fils de Siméon (Schimouevné). Arsace mourut après un règne de treize ans ; son fils Ardaschès lui succéda.17 Ce prince ne voulut pas, comme son prédécesseur, se reconnaître dépendant d'Arschagan, roi de Perse ; il s'attribua même par violence la suprématie sur ce même Arschagan, qui se soumit à ses lois et se contenta du second rang. Ardaschès rassembla une grande quantité de soldats, marcha vers l'occident contre les Lydiens (Latiatsik'h), fit prisonnier le roi Crésus18 (Kioursoues), et ordonna de le faire périr sur un bûcher de fer. Crésus se rappela alors les paroles de Solon (Sighouen), qui a dit : Avant sa mort un homme ne doit jamais se regarder comme heureux. Ardaschès fit, après cela, un armement maritime pour conquérir toute la terre ; il conquit le Pont (Bouendoues) et la Thrace (Thraké) ; il dévasta le pays des Lacédémoniens (Lakiethémouénatsik'h) et vainquit les Phocéens (Phouekiéatsik'h) ; les Gouégatsik'h se soumirent à sa domination. La Grèce (Iellata) lui offrit alors des sacrifices et des statues. Toutes ces victoires ne l'enflèrent point d'orgueil ; mais il disait, en versant des larmes : que cette gloire périssable est digne de compassion ! Après tous les exploits dont je viens de parler, il conçut l'idée de soumettre tout l'occident à sa domination ; en conséquence il couvrit la Méditerranée (Ouevkianoues) d'une multitude prodigieuse de vaisseaux, avec lesquels il devait attaquer et subjuguer plusieurs peuples ; mais il s'éleva parmi ses soldats une grande et terrible division : ses troupes se battirent les unes contre les autres ; et Ardaschès, qui avait vaincu tant de nations, fut tué par ses soldats, après un règne de vingt-cinq ans. Tigrane (Digran) II, son fils, régna après lui. Ce prince rassembla une nombreuse armée, marcha contre les Grecs (Iounakank'h) et les vainquit. Il confia ensuite Mazaca (Majak) et l'Asie mineure (Midchierkraik'h) à son beau-frère Mithridate (Mihrtad), et retourna dans son royaume. Mithridate alla se fixer à Amasia, fondée longtemps auparavant par Amasia, fils du frère de Nectanébo, qui avait reçu d'Alexandre, fils de Nectanébo, l'ordre de la faire bâtir. Mithridate agrandit cette ville et la fortifia ; quand il l'eut obtenue des Arméniens, il lui donna son nom, et s'y fit bâtir un palais sur le rivage septentrional du fleuve Rhis ; il fit aussi élever, dans la partie orientale, des bâtiments et des monuments en pierre, semblables à ceux qui étaient dans la ville de Sémiramis,19 qui est actuellement Van. Il avait encore appelé cette ville Diiezierasahman (limite du monde). Tigrane, après avoir donné beaucoup de lois et d'institutions, fit une invasion en Palestine (Baghiesdin), et emmena beaucoup de prisonniers Juifs (Hreik'h). Cependant le romain (Hrhouemaietsi) Pompée (Bombéoues) vint attaquer Mithridate et lui livra un violent combat. Mithridate, vaincu par le nombre, fut contraint de s'enfuir vers le Pont. Pompée s'empara de Mazaca, et prit Mithridate le jeune, fils de Mithridate.20 Ce dernier fut empoisonné d'une manière perfide par le père de Pilate (Bighadoues), et Pompée confia le jeune Mithridate au romain Gabiénus (Gapianoues) qui le rendit à son oncle maternel Tigrane (Digran), mais Tigrane ayant méprisé le jeune prince, celui-ci quitta son oncle et se retira auprès de César (Kiésar), qui lui fit don de la ville de Mazaca. Mithridate la rebâtit, l'agrandit considérablement, l'embellit de magnifiques édifices, et lui donna, en l'honneur de César, le nom de Césarée (Kiésaria). C'est ainsi que cette ville sortit de la domination des Arméniens. Tigrane, tourmenté par une maladie, confia le gouvernement de l'Arménie à Parzapran, nahabied de Rheschdounik'h ; puis il lui remit, ainsi qu’à un autre nahabied nommé Gnel, de la famille Gnouni, le commandement d'une armée considérable, et les envoya dans la Palestine et à Jérusalem (Hiérousaghem). Ils se signalèrent par beaucoup d'exploits et de belles actions militaires ; ils mirent en fuite Hérode (Hiérouevtès), créèrent roi en sa place Antigone (Andigouénoues), et amenèrent prisonnier à Tigrane le grand-prêtre des Juifs Hyrcan (Hiourkanoues), avec beaucoup d'autres captifs. Tigrane vécut encore quelque temps après ces événements, et mourut au bout d'un règne de trente-trois ans. Après sa mort Marc-Antoine (Andouéninoues), roi des Romains, envoya une forte armée contre Jérusalem ; elle assiégea et prit cette ville. Antigone fut tué, et Hérode rétabli roi de Judée (Hréasdan). Après la mort de Tigrane, son fils Artavasde (Ardavazt) gouverna l'Arménie. Il ne fut pas semblable à son père ; il ne s'illustra ni par l'amour de la gloire, ni par la grandeur de ses actions ; il était seulement livré au plaisir et à la bonne chère, et il ne se glorifiait pas d'autre chose que d'errer à la chasse et de chercher les ânes sauvages et les sources limpides. Il fut repris de cela par les siens ; excité par leurs paroles, il sortit de son sommeil, rassembla beaucoup de troupes, fondit sur la Mésopotamie (Midchagiedk'h) qui lui avait été enlevée par Marc-Antoine, roi de Rome (Hrhouem), et en chassa les troupes romaines. Quand Marc-Antoine l’eut appris, il rassembla une grande quantité de troupes et fondit sur Artavasde comme une bête féroce. Ce ne fut pas seulement contre lui qu'il marcha, mais aussi contre d'autres nations et souverainetés, qu'A priva toutes de leurs princes. Il vainquit dans la Mésopotamie les armées arménienne et persane, et il emmena prisonnier le roi Artavasde.21 Il fit en outre, dans cette guerre, un immense butin ; et le donna à Cléopâtre (Kghéouébadré) qui était à Jérusalem. Après cet événement et par l'ordre d'Ardaschès, roi de Perse, les troupes arméniennes se rassemblèrent ; elles nommèrent roi Arsace (Ardcham), fils d'Ardaschès et frère de Tigrane. Ce prince commença par raccommoder les Arméniens avec les Romains, parce qu'Ardaschès, roi de Perse, mourut alors, et que son fils Arschavir, encore enfant, n'avait pas la force de porter la couronne et se trouvait en guerre avec ses parents. Ienanoues Pagratide,22 qui avait enlevé Hyrcan de la Judée, et qui l'avait amené prisonnier à Tigrane, fut alors privé de ses honneurs et jeté dans les fers, Zoura, nahabied des Genthouniens (Genthounik'h), ayant fait parvenir une délation contre lui jusqu'à l'oreille d'Arsace23 (Ardcham) et affirmé par serment ce qu'il disait. Le roi fit souffrir divers tourments à Ienanoues pour le contraindre d'abandonner la religion juive et d'embrasser le culte des idoles. On le menaça de le faire pendre, d'anéantir toute sa race, et l'on envoya son fils au supplice. La mort de celui-ci ne calma pas la colère d’Arsace ; cependant Ienanoues parvint à l'apaiser, et fut rétabli dans ses premiers honneurs, ainsi que tous ses parents. Après qu'Arsace eut occupé le trône vingt ans, son fils Abgar (Apgar) le remplaça. Les anciens l'avaient nommé Avagaïr, parce qu'il était recommandable par sa prudence ; mais comme les Syriens (Asouerh'h) et les Grecs ne pouvaient prononcer ce nom, ils appelèrent ce roi Abgar (Apgar). A cette époque toute l'Arménie payait tribut aux Romains, qui alors obéissaient à l’empereur Auguste (Ogouesdoues). De son temps Jésus-Christ, notre sauveur, naquit à Bethléem (Pietghéheim) en Judée. Cependant une grande division et une rude guerre éclatèrent entre Abgar et Hérode, tant à cause de l'audace de ce dernier envers Jésus-Christ, qu'à cause de l'ordre qu'il avait donné de massacrer les enfants à Bethléem, où, tout en faisant verser de nombreuses larmes, il ne put cependant pas atteindre son but. Hérode envoya le fils de son frère en Mésopotamie avec beaucoup de troupes ; celui-ci livra bataille à Abgar et fut tué dans le combat. Hérode mourut quelque temps après ; son fils Archélaüs (Ark'haghaïous) lui succéda. Arschavir, roi de Perse, mourut aussi. Il s'éleva alors une terrible division entre ses fils, pour décider lequel succéderait au père. Abgar se fendit auprès d'eux ; et comme il était un homme fort habile, il rétablit la paix entre ces princes, parvînt à les réconcilier parfaitement, et créa roi Ardaschès, l'un d'eux. Il régla que les frères de ce prince formeraient trois familles, celles des frères Kariéni balhav et Souriéni balhav, et celle d'une sœur Asbahabied balhav. Par la suite il sortit de la famille Souriéni balhav l'illuminateur Grégoire, qui fut animé du désir de faire fructifier la vigne de Jésus-Christ. K'hamsar, chef de la famille Kamsarakan, descendait de la race des Kariéni balhav, Tous les frères d'Ardaschès furent donc, comme nous venons de le voir, chefs de familles royales. Comme Abgar était alors tourmenté d'une cruelle maladie, Marikhap, commandant utilitaire (ptiéaschkh) de l’Aghdsnik'h ; Schamschagram, nahabied d'Abaounik'h, et Anan, ami d’Abgar, qui avaient été à Jérusalem et qui y avaient vu les guérisons miraculeuses de Jésus-Christ, les racontèrent à Abgar. Ce prince écrivit à Jésus-Christ une lettre pour le prier de vouloir bien lui redonner la santé, car il n'avait pas encore trouvé un homme qui pût lui rendre ce service. Notre Sauveur reçut cette lettre, et envoya à Abgar une réponse favorable, dans laquelle il lui disait : Ceux qui croient en moi sans m'avoir vu sont très heureux. Il faut que je remplisse le désir de celui qui m'a envoyé. Je vous enverrai un de mes disciples, qui guérira vos maux et donnera abondamment la vie à vous et à ceux qui sont auprès de vous. La lettre du Sauveur fut portée à Abgar par Anan, qui était accompagné d'un courrier. Cette divine lettre existe encore jusqu'à ce jour dans la ville d’Edesse. La trentième année du règne d'Abgar, après l'ascension du Sauveur des hommes, l'apôtre Thomas envoya le disciple Thaddée pour guérir le roi, selon la promesse de Jésus-Christ, et en même temps il lui donna des pouvoirs pour être un envoyé évangélique. Thaddée étant venu habiter dans le palais de l'ischkhan Doupia Pagratide (Pagradouni), qui jusqu'alors avait vécu en suivant la religion de ses pères, et Doupia ayant conduit l'apôtre vers le roi, celui-ci vit sur le visage de Thaddée un signe brillant ; il se jeta alors à genoux et se prosterna devant lui. L'apôtre Thaddée posa sa main sur le roi Abgar et le guérit complètement de tous ses maux. Il guérit aussi tous les malades qui étaient dans le palais et dans la ville même. Il baptisa le roi Abgar, tous les habitants de la ville ; et, de jour en jour, il vit s'augmenter le nombre des serviteurs du Seigneur. Cependant Thaddée ordonna évêque un certain Atté,24 qu'il laissa à sa place à Édesse ; puis il alla en personne vers Sanadroug, fils de la sœur d'Abgar, pour lui annoncer l'évangile et l'engager à embrasser la foi de Jésus-Christ. Abgar, qui avait eu une grande confiance en Thaddée, et qui avait tout fait pour la gloire de Dieu et montré une foi constante à la confession, s'éleva en mourant jusqu'au sommet de la tour de Sion (Siouen). Après sa mort Sanadroug,25 fils de sa sœur, devint roi d'Arménie. Dans le commencement, converti par la prédication de l’apôtre Thaddée, il suivit la loi de Jésus-Christ ; mais ensuite, poussé et persuadé par ses nakharars, il renia la religion chrétienne. Bientôt après il tourmenta cruellement et enfin il fit mourir par l'épée le saint apôtre, ceux qui le suivaient, et même sa propre file Santoukhd. Ils s’élevèrent à la droite de la gloire de Dieu, dans la lumière de la vie immortelle. Quelque temps après, Barthélémi (Partoughiméous), l'un des douze apôtres que le Seigneur avait désignés par le sort pour annoncer la foi à l'Arménie, fut martyrisé d'une manière cruelle par ordre de Sanadroug, dans la ville d'Arevpanos26 (Arievpanoues), où l’on a déposé ses glorieuses reliques. Il fut la gloire de l’Arménie et il guérit tous les malades. Sous le règne d'Ardaschès, roi d'Arménie, quarante-trois ans après le meurtre de Thaddée, les disciples de cet apôtre, qui alors avaient pour chef Oueski, vinrent fixer leur séjour auprès des sources de l'Euphrate (Iep'hrad). Ils y convertirent plusieurs Alains, compatriotes de la reine Sathinig, épouse du roi Ardaschès. Ils firent ensuite beaucoup de prosélytes à la croyance de la parole dévie. Les fils de Sathinig, irrités de cela, firent périr saint Oueski27 et tous ses compagnons avec lui. Les compatriotes de Sathinig, qui avaient embrassé la foi chrétienne, affligés de la mort du saint, s'en allèrent au loin fonder une colonie. Ils se réfugièrent sur le mont Dchrapakhn, où l’on trouve une grande quantité de pâturages verts. Après que leurs âmes eurent quitté leurs corps, qui furent couverts de la rosée du ciel, on les appela, à cause de ces événements, K'hoghk’h (les voiles ou les voilés). Un certain homme nommé Parhahla vint ensuite de la porte des Alains pour chercher ces martyrs ; il les trouva sur le mont Dchrapakhn, et il leur éleva un tombeau, parce qu'ils avaient pari par l'épée pour avoir voulu être fidèles à Jésus-Christ. Dans la suite cette montagne fut appelée Soukav, en l'honneur de Souk'hias (Souk'hianoues), chef de ces saints personnages. Beaucoup d'années après ces événements, Chosroès (Khouesrouev), roi d'Arménie, fut tué par Anag, et l'Arménie se trouva sans roi. 28 Voici quelle en fut la cause : Artaban (Ardavan), roi de Perse, fut tué par Ardaschir Sdahratsi, qui détruisit le royaume des Arsacides, et régna en leur place. Anag, qui était de la race parthe et de la branche Souriéni balhav, fut trompé par les grandes et magnifiques promesses que lui prodigua Ardaschir ; en conséquence il alla en Arménie, auprès du roi Chosroès. Il crut qu'à la faveur de la parenté, en osant se réfugier vers ce roi, et en le trompant par sa perfide amitié, il parviendrait à accomplir facilement ce qu'il avait promis à Ardaschir, comme le raconte l'excellent et habile historien Agathangélos (Agathangiègoues) : c'est pour ces raisons qu'il vint habiter dans la province d'Ardaz. Par la faveur du ciel il arriva que la demeure où il fixa son Séjour se trouvait justement sur le lieu où repose le saint apôtre, sur son sépulcre ; on ajoute même que la mère de saint Grégoire accoucha dans pet endroit. Ce dernier naquit quelques jours après dans cette habitation pour supporter l'existence et accomplir son service spirituel. Cependant, après un espace de deux ans, Anag se rappelant la promesse qu'il avait faite à Ardeschir, tua le roi Chosroès. On fit ensuite mourir Anag et tous ses fils, excepté un seul, qui échappa par la faveur divine, et parce qu'il avait été désigné dès le ventre de sa mère pour remplir un jour l'apostolat comme un autre Jean-Baptiste, précurseur de Jésus-Christ, lorsque cet horrible attentat arriva, Anag et Chosroès laissèrent chacun un fils à la mamelle ; selon un écrivain véridique pu porta ces deux enfants en un lieu sûr dans le pays des Grecs. L'un devait être revêtu de la dignité royale, l'autre remplir lies fonctions d'apôtre et devenir la cause de notre conversion à la foi chrétienne. Ils furent tous les deux nourris dans ce pays, et parvinrent à l'âge de l’adolescence. Le premier, selon son désir, et secondé par une heureuse fortune et par beaucoup de combats, rentra dans le royaume de son père, la troisième année du règne de l’empereur Dioclétien (Tiouekghiédianoues) ; le second fit briller pour nous la rédemption, malgré les nombreux et incroyables tourments qu'il éprouva, malgré la grande quantité d'amènes plaisanteries qu'on fit contre lui, et quoiqu'il eût resté quinze ans prisonnier, soit à Khouer-virab, soit dans un petit fort malsain., qui était à Ardaschad, soit dans d'autres endroits aussi pernicieux. Pendant toutes ces persécutions il montra une inaltérable et étonnante tranquillité d'esprit, qui émanait de Dieu ; enfin il resta vainqueur, délivra de l'idolâtrie la race Arménienne (Aramiéan), et, la dix-septième année du règne de Tiridate29 (Dertad), s'assit sur le trône des saints apôtres Barthélemi et Thaddée. Par sa sainteté il devint notre premier pontife, notre premier ministre, et, pour ainsi dire, notre père, selon l'Evangile. Il fut ensuite, avec le roi Tiridate et beaucoup de monde, trouver le divin empereur Constantin ; ce prince le combla des plus grands honneurs, et le considérant comme un martyr vivant, alla à sa rencontre, lui adressa des prières et lui demanda des bénédictions : c'est ainsi qu'il fut honoré. Il avait fait le voyage avec Tiridate, porté dans un char doré, et environné de la plus grande pompe. Arius (Arioues) d'Alexandrie (Aghiek'hsantria) parut à cette époque : poussé par le diable, il osait dire que le Fils n'est pas de la nature du Père, ni son égal, ni créé par le Père depuis l'éternité, mais seulement fait et engendré après le temps. Un concile d'évêques se rassembla à cause de cela, par l'ordre de Constantin, dans la ville de Nicée30 (Nïkia) en Bithynie (Piouihmatsi) : parmi ces évêques était notre évêque Aristartès (Arisdarkès). Là trois cent dix-huit évêques, selon la doctrine du Saint-Esprit, condamnèrent l'hérésie d'Arius, l'anathématisèrent et le séparèrent de la communion de l'église.
Sa mort fut une juste récompense de son impiété ; il rendit ses intestins par le fondement avec des douleurs atroces. Lorsque Aristarcès revint de ce concile, il rapporta les canons qui eurent force de loi ; saint Grégoire y ajouta, dans la suite, quelques petites augmentations et les fît enseigner. Depuis que saint Aristarcès eût été au concile de Nicée, on ne vit plus saint Grégoire jusqu'à sa mort : il se retira secrètement dans la caverne de Mani. Selon un écrivain, il poussa rapidement vers le port un vaisseau agité ; il vécut dans l'abstinence et dans une solitude complète. Depuis le commencement de l'apostolat de notre illuminateur Grégoire, et son installation sur le trône patriarcal, jusqu'au moment où on ne le vit plus, il s'était écoulé trente ans. Saint Aristarcès prit possession du trône patriarcal comme d'un héritage paternel. Il entreprit un grand nombre de travaux, tous remarquables par leur sainteté et leur justice ; il s'efforça de gouverner son troupeau selon l'esprit de Jésus-Christ, et de tout conserver dans l'ordre conformément au désir du Sauveur, en employant pour les uns la douceur, et pour d'autres, au contraire, la force. Son esprit, par son activité, était comme une épée toujours en mouvement, et il résistait opiniâtrement à ceux qui commettaient de mauvaises actions. Archélaüs, gouverneur de la province de Dzouep'hk'h, qui avait été réprimandé par lui à cause de ses mauvaises actions, le rencontra par hasard sur un chemin dans cette province ; il eut l'audace de méditer son meurtre et de le tuer d'un coup d'épée. Il prit ensuite la fuite et passa à l'occident du mont Taurus (Doroues). Les disciples d'Aristarcès recueillirent son corps, qui avait été abandonné, et le déposèrent en paix dans une église du bourg de Thiln. Aristarcès avait occupé le trône patriarcal pendant sept ans ; à mon avis il ne descendit pas dans le sépulcre, mais il fit une ascension de ce monde inférieur vers le monde rempli de vie ; il ne fut pas détruit par la mort, mais il alla jouir d'une éternelle et agréable félicité. Son frère aîné Verthanès monta après lui sur le trône patriarcal, par la grâce du Saint-Esprit. Cependant notre incorporel et brillant saint Grégoire mourut après avoir vécu beaucoup d'années dans la caverne de Mani. Il fut enterré obscurément par des bergers, qui le traitèrent comme un pauvre. Longtemps après un solitaire nommé Garhnoug trouva son corps ; il lui suffit de le voir pour y reconnaître les traits de saint Grégoire à son air respectable, et il le fit déposer au bourg de Thortan (Thouertan), dans le jardin où le saint illuminateur avait l'habitude de se promener. Quelques années plus tard, le saint roi Tiridate fut flatté avec adresse par des impies et par des ennemis de la religion, qui lui donnèrent un breuvage mortel. On porta son corps pour l'enterrer dans le même bourg et dans le même jardin ; on le déposa auprès du tombeau de saint Grégoire, à qui on peut le comparer, puisque toujours il se mit en opposition avec les méchants en déjouant leurs projets : aussi doit-on le considérer comme un second illuminateur. Cependant le grand Verthanès était resté jusqu'alors dans la province de Daron, dans l'église de Jean (Houehannès) Baptiste et du martyr Athanaginès, parce qu'il était menacé en secret de la mort par les habitants de la montagne de Sim qui le détestaient, attendu qu'à s'était toujours opposé à leur méchanceté et à l'exécution de leurs mauvaises actions. Verthanès s'aperçut ensuite que le lieu de son refuge n'était pas sûr ; il prit la fuite vers la province d'Iekieghia, où il vécut tranquillement. Après la mort de saint Tiridate, l'impie Sanadroug, second de la race des Arsacides, qui avait été créé par Tiridate nahabied de la ville de Phaïdagaran, se révolta avec éclat, ceignit le diadème et donna des ordres impies. C'est en conséquence de ces ordres que les nations barbares du Nord tuèrent, dans la plaine de Vadniéan et en le foulant sous les pieds des chevaux, l'admirable jeune homme Grégoire (Grigouerioues), de la race de saint Grégoire, qui avait été créé évêque des Albaniens (Aghouévank'g). On enterra son saint corps dans le bourg d'Amaras, dépendant de la province nommée la Petite Siounik'h.
Le personnage que Jean Catholicos nomme Marapas de Kadina est appelé Maribas Catinensis dans la traduction latine de Moïse de Khoren, et Mar-Ibas de Kathina par d'autres historiens, Chacune de ces trois appellations est incorrecte. La Groze a remarquée avec raison, que le nom de l'écrivain, historien doit s'écrire Mar Ibas (Dominas Ibas) et que son surnom est Cadina, qui, en syriaque, signifie subtil (katino), au lieu d'être l'indication du lieu de naissance de Mari Ibas, comme on l'a cru longtemps. Ce que dit de cet écrivain syrien le patriarche Jean est conforme, sauf la suppression de plusieurs détails, au récit de Moïse de Khoren (I, VII, VIII). Selon ce dernier (ibid.), Mar Ibas Cadina affirmait que Haig était fils de Thaglath. A cette occasion, l'historien arménien déclare que Thaglath est le même que Thorgoma. Il ajoute que, par conséquent, Haïg, fils de Thorgoma, était neveu de Thiras, petit-neveu de Gamer et arrière-petit-fils de Japhet. L'identité de Thaglath et de Thorgoma ne paraît pas non plus avoir été mise en doute par Jean Catholicos, puisqu'il dit, à plusieurs reprises et sans s'occuper aucunement de Thaglath, que Haïg était fils de Thorgoma. Toutefois, je le répète, il s'écarte de la généalogie qu’assigne à Thorgoma Moïse de Khoren. Ces deux écrivains et Vakhthang (ubi supra) raccordent sur les principaux points de l’histoire particulière de Haïg, qui est racontée ici en abrégé. Mais on ne lit pas dans la Chronique géorgienne que Nembroth ou Nebrod était le même que Béhis ou Pel, comme l'affirment Moïse de Khoren (I, X) et Jean Catholicos. J'aurai ailleurs l'occasion d'appeler l'attention des savants sur l’identité que Moïse de Khoren (ibid.) établit aussi entre Nebrod, Bélus et Cronus (Saturne). Le nom de Haïg se trouve sous la forme Hkaos dans la Chronique citée de Vakhthang. Au sujet des géants, compagnons de Haïg, il faut voir ce que dit Saint-Martin (Mém. I, 277) des Sgaï ou Hesgaï. Moïse de Khoren (I, XI) et d'autres historiens arméniens donnent au fils de Haïg le nom d'Arménag, qui est la contraction d’Aramanéag. La bataille entre Nembroth et Haïg se livra sur les bords du lac des Peznouniens, maintenant appelé le lac de Van. Les Arméniens montrent encore aujourd'hui le lieu même où ils croient que le roi d'Assyrie fut tué par Haïg. (Saint-Martin, Mém. I, 281). ↩
Voyez, au sujet d'Aram et de l'origine du nom d'Arménie, les observations de Saint-Martin (Mém. I, 268, 270-277 et 278). Dans le même ouvrage (I, 19 et 20), cet auteur a placé, avec le texte du passage de Jean Catholicos, relatif aux divisions territoriales de l'Arménie sous le règne d'Aram, une traduction française qui, comparée à celle qu'il donne ici du même passage, présente quelques légères différences. Il (ait observer (I, 21 et 26 note 2) que si le patriarche semble commettre la grave erreur de faire deux pays différents de la première Arménie et de la partie de la Cappadoce qu'il appelle πρώτη Αρμενία, on doit attribuer cette erreur, non à l'historien arménien, qui possédait la connaissance de la langue grecque, mais à des copistes, qui, dans leur ignorance, ont altéré le texte original de son ouvrage. Après avoir disculpé sur ce point Jean Catholicos, Saint-Martin rapporte (Mém. I, 21 et 22), au sujet des divisions territoriales de l'ancienne Arménie, un passage important de la Chronographie de Samuel Anetsi, et le fait suivre (p. 32-35) de plusieurs observations qui méritent l'attention du lecteur. ↩
Le nom que portait le fils d'Ara le Beau ou d'Ara Ier avant d'être appelé par Sémiramis Ara (II), du nom de son père, nous serait resté inconnu sans le témoignage de Jean Catholicos. Il ne se trouve point dans l'ouvrage de Moïse de Khoren, bien que l'épisode de Sémiramis y soit raconté beaucoup plus au long qu'il ne l'est ici. Cette remarque semblerait nous autoriser à penser que le patriarche Jean avait puisé directement ses informations dans le livre de Mar Ibas Cadina, dont Moïse de Khoren nous prévient qu'il se borne à donner des extraits. ↩
Le personnage que l'auteur nomme Arpouek est aussi appelé Arpag ou Arpak et Harpage. ↩
P’harknak est la forme arménienne de Pharnace. ↩
Entre Jean Catholicos, Moïse de Khoren et l’auteur des Mémoires sur l'Arménie, il règne un grave dissentiment au sujet de la succession des rois d'Arménie de la première race. Le premier dit qu'après Anouschavan, le régime des Haïganiens ou de la première dynastie fut interrompu par des rois étrangers, à compter de Bared, qui est appelé Phared par Moïse de Khoren (I, XVIÎI), jusqu'à Sgaïorti inclusivement, époque à laquelle Baroïr, de l'antique race des Haïganiens, monta sur le trône d'Arménie. Moïse de Khoren et Saint-Martin (Mém. I, 283 et 408), admettant au contraire une succession non interrompue de princes haïganiens, comprennent au nombre de ceux-ci tous les rois qui, après Anouschavan, occupèrent le trône d'Arménie depuis Bared jusqu'à Sgaïorti. Saint-Martin dit que ce dernier était le père de Baroïr. Moïse de Khoren ne s'explique pas sur ce point. L'académicien français reconnaît d'ailleurs (Ibid. 407 et 408) que pendant tout l'intervalle dont il s'agit et qui, selon lui, embrasse les années 1662 à 748 avant J. C. les rois d'Arménie furent soumis à l'empire d'Assyrie. Entre la liste de ces rois, telle qu'il l'établit, et celle que, chacun de leur côté, donnent Moïse de Khoren et Jean Catholicos, on remarque, au reste, plusieurs différences notables : c'est ainsi qu'à partir de Bared jusqu'à Sgaïorti inclusivement, la liste de Saint-Martin présente les noms de trente-deux rois, tandis que Moïse de Khoren n'en compte que vingt cinq, et Jean Catholicos vingt-trois seulement. Saint-Martin, d'accord avec Moïse de Khoren, place entre Havanag ou Honag ( Houénak) et Ampag Ier, Vaschdag (1402 avant J. C.) et Haïgag Ier (1381 avant J. C) ; entre Arhnag et Noraïr, Schavarsch Ier (1332 avant J. C). Il place ensuite, d'après des autorités qu'il ne fait pas connaître, entre Vesdam et Korhag, Gar (1289 avant J. C) ; entre Zarmaïr et Berdj (Persius) Ier, et après un interrègne de deux ans, Schavarsch II (1180 avant J. C.) ; entre Arpoun et Pazoug, Berdj II (1075 avant J. C) ; entre Housag et Gaïbag, Ampag II (910 avant J. C) ; et entre Gaïbag et Sgaïorti, Pharhnavaz (Pharnahaze) I (838 avant J. C.) et Pharhnag II (805 avant J. C.). Or les neuf rois dont je viens d'indiquer les noms en lettres italiques ne se trouvent point dans rémunération de Jean Catholicos, et trois seulement sont compris dans le canon de Moïse de Khoren : Vaschdag ou Vastacus, Haïgag (I) ou Haicacius, et Schavarsch Ier ou Savarsus. De plus, il faut observer que, sur la liste citée de Saint-Martin, on lit à la place des noms de Tghag et de Havan, que donne le patriarche Jean, ceux de Keghag ou Kélag (1227 avant J. C.) et de Horoï (1197), qui correspondent à Délaças et à Horœus dans la traduction latine de Moïse de Khoren. Remarquons enfin que ce dernier ne fait aucune mention d'un prince du nom de Vesdam (Usdam), qui est placé par Jean Catholicos et par Saint-Martin entre Noraïr et Korhag. ↩
Arbacès est la forme grecque du nom que les historiens arméniens écrivent Varbak ou Varbag. ↩
Les deux fils du roi d'Assyrie Sennakérim ou Sennakérib, qui se réfugièrent en Arménie après avoir tué leur père, sont nommés Adramélek et Sarasar dans le IVe Livre des rois (XIX, 37) et dans Isaïe (XXXVII, 38) ; Adramel et Sanasar dans Moïse de Khoren (I, XXII). Les historiens arméniens s'accordent à faire descendre de ces deux princes la race des Ardzrouniens. (Voyez sur l'origine de cette dernière appellation les Mémoires cités de Saint-Martin I, 422 et 423.) ↩
Quant à l'origine prétendue juive de la famille des Pagratides, et dont les descendants portent aujourd'hui en Russie le nom de Bagrations, on trouvera d'amples renseignements dans les Mémoires cités de Saint-Martin (I, 283 et 284). Les fonctions héréditaires que remplissaient les Pagratides au couronnement des rois d'Arménie constituaient la charge de thakatir. ↩
La transcription arménienne du nom de Gornhag est Krhouénak, au lieu de Krhouéuak, qui se lit ici par une erreur typographique. À la place de Haïg II, on trouve Haïgag II dans la liste de Moïse de Khoren (I, XXI) et dans celle de Saint-Martin (Mém. I, 408, année 605 avant J. C). Nous avons vu plus haut que le prince désigné dans ces deux dernières listes sous le nom de Haïgag Ier, n'est pas compris par Jean Catholicos au nombre des rois d'Arménie. ↩
Vahagh, le dernier des trois fils de Tigrane Ier ici nommés par l'historien arménien, succéda à son père. ↩
Saint-Martin, dans ses Mémoires (I, 409), écrit, d'après Moïse de Khoren (I, XXX), Arhavané au lieu d’Arhaviéné. ↩
Avec Vahé, fils de Van, finit la dynastie des Haïganiens, qui avaient, dit Saint-Martin (Mém. I, 286) gouverné l'Arménie, tantôt avec la plénitude de la puissance royale, tantôt comme vassaux des rois d'Assyrie et de Perse… A cette occasion, le même savant confirmant une remarque de Moïse de Khoren (I, XXX), qui est reproduite ici par Jean Catholicos, ajoute (ibid. 287) qu'à sa connaissance aucun historien arménien ne donne des renseignements sur les événements qui se passèrent en Arménie depuis l'époque de la mort d'Alexandre le Grand jusqu'à l'établissement de la dynastie des Arsacides. ↩
Arsace, dont il est question dans le récit de Jean Catholicos, est le prince parthe ou arsacide qui fut appelé tantôt Arsace le Grand (Mezd), tantôt Mithridate Ier, selon l'observation de Saint-Martin (Mém. I, 289 et 240), et qui, en l'année 149 avant J. C. donna la couronne d'Arménie à son frère Valarsace (Vagharschak), premier roi de la race des Arsacides (ibid. 289 et 240.) ↩
Jean Catholicos affirme que tous les historiens s'accordent à mettre un intervalle de 2295 ans entre Haïg et le règne de Valarsace ; mais Saint-Martin, dans les Mémoires cités (I, 288), fait remarquer que cette évaluation est particulière au patriarche, et que la plupart des autres écrivains nationaux réduisent à 1985 ans l'intervalle dont il s'agit. ↩
Le pays de Gougark'h ou Koukar correspond à la Gogarène de Strabon. ↩
A l'égard des actions qui sont attribuées ici à Ardaschès, fils d'Arsace, il faut consulter les Mémoires de Saint-Martin (I, 290 et 291). Le nom d'Ardaschas ou Ardaschès se trouve dans les auteurs grecs sous la forme Artaxias. ↩
Jean Catholicos mentionne l'épisode de la mort de Crésus, qu'il place sous le règne d’Ardaschès, sans commettre, à l'exemple des copistes de Moïse de Khoren (II, XII), l'erreur de faire de Crésus un roi de Libye. Mais il ne tient aucun compte de la remarque judicieuse de son devancier sur la nécessité de distinguer deux Crésus, l'un qui avait régné sur les Lydiens au temps de Cyrus ou de Nectanébo, et l'autre dont il est question dans les récits de Polycrate et de Camadrus ou Camardus, qui se rapportent au règne d'Ardaschès, et qui nous ont été conservés par Moïse de Khoren. Les copistes, après avoir, dans ces récits, substitué le nom de Libyens à celui de Lydiens, ont transformé le premier des deux Crésus en Cridimius, d'après une autorité qui n'est pas citée dans le texte arménien, et le second Crésus en Cyrsus, d'après Phigonius ou Phlodinus, historien non moins inconnu que Polycrate et Camadrus. ↩
Ce que Jean Catholicos dit de Sémiramis, est rapporté par Moïse de Khoren (I, XIV, XV) avec beaucoup plus de détails. ↩
Le récit du patriarche, en ce qui touche Mithridate le Grand, est aussi très abrégé. (Voyez Moïse de Khoren, II, XIV-XVII.) Il diffère, sur plusieurs points, de ce qui est raconté par les historiens occidentaux. Ces derniers varient eux-mêmes beaucoup entre eux sur le fait principal, la mort de ce prince ; mais aucun d'eux ne rapporte que Pompée ait fait empoisonner le roi du Pont par le père de Ponce-Pilate. Aucun d'eux non plus ne dit que Mithridate le Grand ait été le père d'un prince appelé Mithridate le Jeune. J'ajoute que Jean Catholicos substitue, sans aucune autorité, le nom de Gabiénas à celui de Gabinius (Aulas), que portait le lieutenant de Pompée qui fut chargé de maintenir le roi d'Arménie et de surveiller les mouvements du roi des Parthes. (Josèphe, Antiq. jud. XIV, III, 2 ; IV, 1 ; V, 3 ; De bell. jud. l ; VII, 6 ; VIII, 2-7 ; éd. Havercamp. — Appian. De bell. Mithrid. 66 ; éd. Schweigh. — Mos. Khoren, Hist. armen. II, XV.) Les détails que donnent Moïse de Khoren et le patriarche Jean sur les événements qui se passèrent dans l'Orient depuis les victoires de Pompée jusqu'à l'avènement de Tiridate, diffèrent beaucoup aussi de ceux que l'on trouve dans les historiens grecs ou latins. (Voyez à ce sujet les observations de Saint-Martin, Mém. I, 291-297.) ↩
La remarque placée à la fin de la note qui précède s'applique en particulier à ce qui concerne, dans le récit de Jean Catholicos, les successeurs du roi Artavasde. ↩
Iénanoues est la forme arménienne du nom que les traducteurs latins de Moïse de Khoren ont transcrit par Enanus. (Hist. armen. II, XXIII, 122 et 123.) Moïse de Khoren ne dit pas que le personnage qui portait ce nom descendît de la famille des Pagratides, comme l'affirme Jean Catholicos. ↩
Au lieu d’Arsace, il faut lire Arsam ou Arscham, dont la forme arménienne est Ardcham. Ce prince, que les Syriens nommaient Manovaz, selon Moïse de Khoren (ubi supra), est le premier roi de la seconde branche des Arsacides de l'Arménie. Saint-Martin (Mém. I, 294, 295 et 411) place son avènement en l’année 38 avant J. C. et penche à croire qu'il est le même qu'un roi des Adiabéniens appelé Monobaze par Josèphe (Antiq. Judaic. XX, II, 1, 2 et 3), et Maanou Sapheloul dans la chronique syriaque de Denys de Tel-mahar. Il dit aussi (ibid.) qu’Arscham mourut après un règne de vingt ans, c'est-à-dire dix-huit ans avant la naissance de J. C. et que ses deux fils, Maanou et Abgar, lui succédèrent sur le trône d'Arménie, le premier en l'an 10, et le second en l'an 5 avant J. C. Il ajoute que, l'an 32 de l'ère chrétienne, Sanadroug, nommé Izatès dans les Antiquités judaïques de Josèphe, et fils d'une sœur d'Abgar, partagea le pouvoir royal avec son cousin-germain Anané ou Ananoun, fils d'Abgar, régna sur une portion de l'Arménie et de l’Adiabène, et occupa seul le trône d'Arménie quatre ans plus tard, après avoir fait périr Anané. Toutefois l'opinion de Saint-Martin sur l'identité probable d'Arscham et de Monobaze semble difficile à concilier avec le récit que l’on trouve dans les Recherches du même savant sur la Mésène et la Characène (Paris, Imprimerie royale, 1838, 1 vol. in-8° ; p. 178-180). Ici l'auteur affirme, d'après Josèphe (Antiq. judaic. XX, II-IV) qu'Izatès était le plus chéri des fils de Monobaze, et qu'il succéda à son père, comme roi de l’Adiabène. Du reste, il place cet événement à l’an 32 de notre ère, qui est aussi la date indiquée dans ses Mémoires sur l'Arménie (ubi supra) ; mais il fait remarquer que, selon Josèphe (loc. cit.), Izatès avait reçu de son père le gouvernement d'une province située en Arménie. Il croit pouvoir assigner à ce dernier fait la date de l'an 26 de notre ère ; et comme il avance qu’Izatès, lorsque son père Monobaze mourut, gouvernait encore la province dont il s'agit, ce dernier aurait vécu et régné jusqu'à une époque très voisine de l’année 32 de notre ère, tandis que, dans ses Mémoires sur l'Arménie (ubi supra), le même auteur place dix-huit ans avant J. G. la mort et la fin du règne d'Arscham. ↩
Ce que le patriarche dit d’Atté et de Thaddée n'a pas été emprunté à Moïse de Khoren ; car si l'on pouvait croire que, dans un passage évidemment corrompu de ce dernier écrivain (II, XXX) Patagras, fils d'Abdias, est le personnage qui est appelé Atté par Jean Catholicos, il ne faudrait pas moins reconnaître que le récit du fait attribué à Thaddée diffère complètement dans les deux historiens. ↩
Entre la mort de Sanadroug (I) et l'avènement d'Ardaschès ou Artaxès (II), il y a ici une lacune. Jean Catholicos passe sous silence le règne d'Érovant, prince issu, par sa mère, de la race des Arsacides, et qui, selon Moïse de Khoren (II, XXXIV), s'empara du trône d'Arménie après la mort de Sanadroug (I). Saint-Martin (Mém. I, 296, 297 et 412) place à l’année 58 de notre ère l'avènement d'Erovant, et à l’année 78 celui d'Ardaschès, son successeur, qu'il désigne comme le troisième du nom, tandis que, d'après les récits de Moïse de Khoren et de Jean Catholicos, ce prince n'aurait été que le second. ↩
La ville d'Arevpanos a aussi été appelée Aghpag, Pana et Parthoughim ; elle se nomme aujourd'hui Albak. (Voyez Saint-Martin, Mém. I, 177-178.) ↩
Au chapitre XXI du livre II de son Histoire d'Arménie, Moïse de Khoren parle du martyre de Barthélemi, de Thaddée et de plusieurs de leurs disciples ; mais il ne nomme point parmi ceux-ci Oueski, que Jean Catholicos désigne comme chef des disciples de Thaddée. Dans le chapitre XLVII du même livre, il ne fait non plus aucune mention du martyre que, selon le patriarche, subirent Oueski et ses disciples par l'ordre des fils de la reine Sathinig. De son côté, Galanus (Conciliat. eccl. armen. cam. roman. Rom. 1650-1661 ; 3 tom. in-fol.) garde sur ce dernier fait un silence absolu, et ne parle même d'aucun disciple de Thaddée dont le nom offre quelque ressemblance avec celui d'Oueski, que l'on ne trouve pas non plus dans le Martyrologium romanum. ↩
Le récit du patriarche présente ici une nouvelle lacune. Il n'y est nullement question des princes qui régnèrent sur l'Arménie depuis Ardaschès, fils de Sanadroug, jusqu'à Khosrou ou Chosroès (I), bien que Moïse de Khoren (II, XLII-LXII) leur eût consacré plusieurs chapitres de son histoire. Ces princes, selon ce dernier historien, furent Artavasdes II, Diran Ier, Tigrane III et Vagharsch (Valarses). Cf. Saint-Martin, Mém. I, 300-302 et 412. Les écrivains arméniens donnent le nom d'Ardaschir Sdahratsi au fondateur de la dynastie persane des Sassanides, qui est plus généralement connu sous les noms d'Ardeschir Babégan et d'Artaxerce Ier, fils de Babec. ↩
Il n'est peut-être pas inutile, à cause de l'obscurité qui règne ici dans la narration de Jean Catholicos, de dire que le fils de Chosroès, dont il s'agit, est Tiridate II, surnommé le Grand, et que saint Grégoire, surnommé l’illuminateur (Lousavoritch), était fils d'Anag, issu de la race des Arsacides de Perse, de la branche Garénéane. Saint Grégoire est compté comme le premier patriarche d'Arménie ; il fut revêtu de cette dignité, la dix-septième année du règne de Tiridate le Grand. Saint-Martin (Mém. I, 412), en plaçant à l'année 259 de notre ère le couronnement de Tiridate le Grand, infirme le témoignage de Moïse de Khoren et de Jean Catholicos qui, tous les deux, assignent à cet événement la date de la troisième année du règne de Dioclétien, c'est-à-dire l'an 287. L'institution du siège patriarcal d'Arménie aurait donc eu lieu en 276, et non en 304, comme cela résulte de l'indication fournie par Jean Catholicos. ↩
Moïse de Khoren (I, LXXXVII) dit aussi que les trois cent dix-huit évêques dont se composait le concile de Nicée condamnèrent à l'unanimité l'hérésie d'Arius. Les auteurs occidentaux comptent, comme les deux historiens arméniens, trois cent dix-huit évêques au célèbre concile qui se tint dans cette ville en 325 ; mais ils nous font connaître que, sur ce nombre, dix-sept évêques étaient infectés de l'arianisme. ↩
