Chapitre LXXXIV.
Dans ce commerce sodomique les oppresseurs n'étaient jamais embarrassés ; les vaincus, toujours livrés aux plus violents tourments, étaient jetés dans les fers, les chaînes et la prison. Selon la règle homérique étrangère, les ennemis exigeaient du riche la même chose que du pauvre, c'est-à-dire des trésors d'or ou d'argent. De la même façon ils préparaient les supplices de la mort pour le puissant comme pour le faible ; ils remplirent de meurtres tout le pays ; ou tels que des sangsues, selon l'expression de Salomon (Soghomon), ils suçaient peu à peu, satisfaisant avec ignorance leur coupable avidité, et ne cessant que par satiété. Plusieurs personnes moururent en buvant un poison qu'on leur avait donné méchamment. Tout comme la miséricorde, la méchanceté contre elles agissait à l'intérieur. Quelques-unes étaient arrêtées avec ruse et perfidie, et on les faisait étrangler. On en épouvantait d'autres tandis qu'elles étaient occupées à composer des poèmes, et elles mouraient de frayeur ; ou bien on les laissait vivre au milieu des souffrances, et elles périssaient par la faim. Pendant qu'elles étaient encore vivantes on leur faisait arracher les entrailles et on en donnait des portions à chacun des assistants, comme si, à la fin de leur existence, on voulait que tout le monde y eût part. Quelques autres, qui étaient de peu de conséquence et méprisables aux yeux des ennemis, durent leur liberté à cette circonstance ; elles se tinrent tranquilles et s'en allèrent. Cependant on se mit à leur poursuite avec des haches et d'autres instruments tranchants ; et les traitant comme des arbustes dont on coupe les branches qui paraissent inutiles, on leur abattit les extrémités des mains, des pieds et de tous les membres. Il y en eut à qui on attacha de fortes cordes en deux endroits, à la tête et aux pieds ; puis des hommes tiraient avec beaucoup de force, des deux côtés, pour déchirer le milieu du corps ; ou bien on frappait avec un glaive à deux tranchants, et on divisait le corps en deux par le milieu. Pendant que les suppliciés vivaient encore, malgré la violence de la torture, d'autres mains s'élevaient sur leurs têtes pour l'augmenter ; on s'arrêtait un peu de temps sur leur plaie du milieu, et on les engageait à parler pour qu'ils fissent connaître leurs souffrances ou leurs supplications ; au milieu du supplice on leur déliait pour ainsi dire la langue ; mais il leur était impossible de faire sortir de leur bouche aucune parole. On ordonnait que d'autres fussent impitoyablement chargés de fers, qu'on les foulât aux pieds d'une manière cruelle, qu'on leur donnât des coups de nerfs de bœuf sur les côtes et sur le ventre, qu'on les perçât de part en part, et que tant qu'il leur resterait un souffle de vie, on les jetât et on les traînât par terre. On leur coupait le nez et les oreilles, on déchirait leur corps par parties, et on leur arrachait les doigts. Après qu'ils étaient couverts d'une énorme quantité de plaies on les mettait encore à la torture ; ils restaient attachés à des arbres, et un grand nombre de personnes venaient augmenter leurs tourments et les accabler d'une douleur et d'une souffrance dont ils ne pouvaient guérir.
