Chapitre CLXII.
Au bout de quelques jours l'osdigan Youssouf arriva sur la frontière du pays des Kurdes ; puis il continua sa marche, s'avança et vînt camper dans le pays d'Andsévatsi. Sa méchanceté n'y commit pour lors aucun ravage ; mais, laissant en arrière le poison du serpent, il. envoya des messagers auprès de l'ischkhan Adom pour lui demander le montant des tributs royaux, et exiger qu'il lui en fit don selon l'usage accoutumé. L'osdigan promettait qu'après l'avoir reçu, il s'en irait et s'éloignerait sans livrer le pays aux dégâts ni aux dévastations. Adom, tout en souscrivant sagement à cette proposition, ne parvint pas à se mettre à l'abri de la tyrannie et des plus grands maux. Pour se rendre favorable l'osdigan, il n'épargnait ni les trésors, ni les cadeaux les plus magnifiques. Il s'empressa de lui envoyer jusqu'à la dernière pièce de monnaie du tribut ; il le doubla même et y ajouta une grande quantité de présents. Et comme les demandes de Youssouf devinrent exorbitantes, il donna, en garantie-des sommes qui restaient à payer, des otages pris dans les familles nobles. Après que l'osdigan les eut reçus, il se mit en route, s'avança vers le mont Akani, dans la province d'Aghpag, et reconnut de là que tout le pays était entièrement dépourvu d'habitants. Mais ayant été informé avec beaucoup d'exactitude de l'état des affaires, et voyant qu'il ne pouvait s'avancer ni mettre à exécution l'odieux projet qu'il avait conçu contre le roi Gagig, il changea la couleur de son âme, qui était aussi noire que la face d'un Indien, et la remplaçant par une aimable blancheur de cœur, il expédia un message au roi pour faciliter et hâter le rétablissement de la paix. Comme il aimait beaucoup les richesses, et qu'il avait extrêmement besoin de secours d'-argent dans la position où il. se trouvait, il demandait qu'on lui envoyât le tribut royal de plusieurs années et beaucoup de présents particuliers ; à cette condition il offrait de couronner Gagig d'un diadème, et de lui donner, avec une grande puissance, le droit de souveraineté sur tous les Arméniens.
