Chapitre CLXXXII.
Le saint évêque Isaac (Sahak), qui a laissé dans le pays la renommée de son courage, fut honoré de la couronne chrétienne, ainsi que les saints prêtres qui étaient fixés auprès de lui, savoir : Môsès, qui avait fait vœu de virginité ; un autre Môsès, du nombre de ceux qui sont mariés ; les frères de ce Môsès, prêtre marié ; David, voué à l'état monastique, et Serge (Sargis), laïque. Isaac (Sahak), qui depuis son enfance était aveugle, homme d'un savoir accompli, orné de toutes les vertus et des plus belles qualités, fut aussi conduit au sacrifice comme une brebis, et éclairé par l'immortelle lumière qu'il est si difficile d'apercevoir. Il en fut absolument de même pour le vénérable homme de Dieu, Salomon (Soghomon), qui était venu du Sedjestan (Sakasdan) pour habiter parmi nous. Il était distingué par la sainteté de ses mœurs et par l'éclat de ses vertus ; car, quoique son âme fût attachée à un corps, il était comme incorporel. On le décapita en même temps que les autres ; il fut couronné de la gloire divine et des rayons d'une lumière ineffable. Après ceux que je viens de nommer, ce fut le diacre Théodore, dont j'ai parlé plus haut, qui, dans le nombre des saints, l'emporta par sa piété, et les surpassa tous de huit degrés. Dans ce jour de douloureuse mémoire il y eut une très grande quantité de personnes de tuées, entre autres plus de deux cents laïques dont les noms sont inscrits dans le livre de vie. Il est probable qu'aucun des individus qui étaient dans le fort ne put s'échapper, à l'exception d'un petit nombre de gens qui, avant la moisson de l'épée, s'en étaient allés et avaient dû au travail de leurs mains la conservation de la vie. Un des enfants de l'église, un diacre nommé Görg, fut sauvé de la crainte d'une mort terrible, parce que c'était un bel homme et l'un des héritiers de l'église. On ne le maltraita pas à la chaleur du creuset de la méchanceté, dans l'espoir que l'on pourrait retirer quelque chose de ses biens ; et l'ennemi agit à son égard comme une sangsue qui aurait cherché à se gorger de son sang. Il n'opposa aucune résistance, et on lui laissa la vie ; ensuite il partit et se rendit auprès de nous. Nous raconterons l'un après l'autre, de la même manière que nous venons de le faire, les événements qui suivirent.
