Chapitre CLII.
1 Après que ces arrangements eurent été terminés et que les événements se trouvèrent accomplis, le schahanschah se mit en marche de nouveau et s'avança vers la province d'Oudie. Il la soumit à son autorité et s'en concilia les habitants par sa bonté, de sorte qu'ils l'aimèrent en voyant qu'il repoussait les conseils de la méchanceté ; ils prévoyaient qu'il tiendrait d'une manière ferme les rênes du gouvernement, et que par ses exhortations il rétablirait les bonnes mœurs ; ils remarquaient enfin qu'il se laissait conduire par de sages conseils. Il leva des troupes parmi eux, repartit et dirigea ses pas vers la province de Godaïk'h ; puis il envoya en hâte un rescrit royal à l'autre roi Aschod, qui était fils du frère de son père. Par un mouvement naturel pour le bien, que tous nos princes tiennent de leurs pères, il s'empressa de faire ce qui était beau et utile. La paix et l'amitié furent rétablies entre les deux Aschod ; personne ne perdit la vie à cause de ses maîtres ; les deux pays ne furent pas dévastés, et on ne fut pas obligé de fuir de tous côtés pour se cacher dans des trous, dans des forêts épaisses, ou dans des cavernes.
Le second Aschod se rendit auprès de moi et me donna sa parole qu'il était résolu à se mettre en route, à aplanir les difficultés, à rétablir entre lui et son cousin une paix solide et durable, et à ne laisser secrètement aucun piège caché pour perpétuer de méchantes divisions et empêcher la réconciliation. Le schahanschah Aschod, dont le caractère était facile, accueillit (son cousin) avec des paroles et une amitié de cœur ; il quitta promptement sa résidence, et chacun de nous se porta à la rencontre du schahanschah. Après cela, par mon ordre et mon conseil, on s'avança pour tranquilliser tous les auditeurs et pour enlever le nuage de stupeur qu'avait répandu sur les esprits la conduite des méchants. Toutes les affaires ayant été arrangées par les deux Aschod, on conclut un traité de paix dont les stipulations furent garanties par un serment religieux. Puis, chacun s'étant mis en marche et s'étant approché de la porte de la métropole Tovin, les infidèles qui occupaient la ville reconnurent leur erreur et se soumirent. Beaucoup de renégats et d'infidèles partagèrent la joie qu'éprouva le schahanschah. Celui-ci retourna sur ses pas et se dirigea de nouveau vers son ami dans la province d'Oudie. Tandis qu'il était en route et qu'il marchait, une voix forte, qui vint mettre le trouble dans son esprit, se fit entendre el lui apprit que celui qui se nommait Amramnaïn, à cause de la légèreté de son âme, et qui, appelé Tslik par beaucoup de personnes, avait été placé par le schahanschah à la tête des affaires du pays avec le titre de hramanadar, avait suivi de méchants conseils, et, agissant dans les ténèbres, s'était écarté de l'obéissance qu'il devait au schahanschah. En effet il avait fait fléchir ses devoirs, et, après avoir abandonné la province confiée à son administration, il s'était mis en route pour se rapprocher de Gourgen, ischkhan des ischkhans du pays de Gougarg, et faire acte de soumission envers lui, quoique ce prince ne fût pas son souverain naturel. Plusieurs nakharars de ces contrées s'étant joints à Amramnaïn, ils organisèrent ensemble leur révolte ; après quoi ce dernier fit mettre en état de défense le fort de Davousch (?) et y établit une garnison composée d'hommes de sa race. Alors lui et les siens, se trouvant ans occupation, se portèrent en avant pour enlever tout ce qui serait à leur convenance, et en cachant les ruses qu'ils se proposaient d'employer pour parvenir facilement à leurs fins. Sur ce Aschod se mit en marche, avança, et s'approcha de la province d'Oudie. Quand les révoltés en furent instruits, ils disparurent de tous côtés, s'en allèrent et tournèrent le dos ; personne ne leur porta secours, à l'exception cependant de quelques hommes méprisables. On vit alors le rebelle frappé d'une terreur manifeste, el ses affaires dans le plus grand embarras. Il partit, dirigea ses pas vers le roi de Colchide, et lui donna son cœur sans défiance, comptant beaucoup sur les anciens serments d'amitié qu'il lui avait faits, et pensant qu'à cause de cela il obtiendrait de lui un accueil agréable.
Saint-Martin, dans l'ouvrage cité (I, 230 et 231), a éclairci et résumé le récit de Jean Catholicos, qui occupe ici trois chapitres (CLII à CLIV). Il donne le nom d'Amram au personnage appelé Amramnaïm par le patriarche. Le titre de hramanadar, que portait cet officier, signifie commandant, et dérive du même verbe que le mot firman. ↩
