Chapitre CXLVI.
Quand le roi vit ces dispositions, il se mit en mouvement avec beaucoup de troupes, qui étaient animées et enflammées d'une grande ardeur ; et il laissa seulement cent hommes sur ses derrières, pour occuper toute la longueur de la route, et deux cents sur la petite colline, pour résister aux ennemis. Ayant ainsi divisé ses forces, il pensa au redoutable serment qu'il avait prononcé avec l’ischkhan en présence de Dieu, et il dit : Si je meurs ou si je viole ce serment, que le Seigneur Dieu fasse retomber sur ma tête la punition de mon mensonge ! Si l'ischkhan transgresse ce serment, fais retomber sur lui la punition de ce parjure, et sauve-moi, mon Dieu, de la cruelle mort que le perfide voudrait me faire souffrir ! Après cet acte redoutable, le roi et ses troupes se lièrent-plus fortement par (le signe de) la sainte croix, selon l'usage ordinairement suivi auprès de ce prince. Deux cents hommes, s'étant alors promptement armés et disposés à combattre, poussèrent un grand cri et se portèrent à cheval sur les derrières de l'ennemi. Le roi lui-même s'avança hardiment sur le champ de bataille ; et, en un clin d'œil, tel qu'un ouragan terrible, il dispersa ses ennemis, de telle sorte qu'il ne resta personne sur le lieu de l'action, et qu'on ne pouvait trouver deux hommes réunis dans un même endroit. Les vaincus s'étaient dispersés sur le sommet des montagnes, dans les défilés, dans les profondes vallées, dans les fertiles et vastes plaines, de manière qu'il ne fut plus possible de découvrir un seul ennemi, petit ou grand, à l'exception cependant des deux ischkhans Isaac (Sahak) et son fils Grégoire, qu'on fit prisonniers et qu'on amena au roi. Ce prince s'empara ensuite du fort de Gartman ; la totalité de la principauté de l’ischkhan se soumit à ses lois et obéit à son nom. Après cela la crainte de la mort remplit l'esprit du roi d'une fâcheuse terreur : Si je laisse, se disait-il, la vie à l'ischkhan et à son fils, c'est pour moi l'avertissement de ma mort ; si je mets ces hommes distingués en prison, d'autres les rendront à la liberté, comme Vasag ; et certainement je me place alors aussi sur la porte de la mort. Ainsi troublé par une terreur inconsidérée, il dit : Je les ferai aveugler tous deux ; mon esprit ne se laissera pas toucher par la miséricorde de Dieu, qui les sauverait à cause de cette action ; le Seigneur lui-même, qui peut tout, ne devrait pas leur pardonner de nouveau leur perfidie. qui est pour moi un sujet de crainte. Son cœur sans courage fit là une chose honteuse ; mais elle lui servit du moins à bannir de sa pensée toute appréhension.
