Chapitre CXLI.
Une autre fois le grand ischkhan de la famille de Sisagan, nommé Sempad, et ses trois frères, se brouillèrent, dans un mouvement de colère, avec l'Arabe qui, à cette époque, gouvernait et tyrannisait la province de Goghthan : ils lui avaient demandé la restitution d'un fort nommé Érendchag (Erndchak), qui leur appartenait en propre. Ce fort était situé sur les limites de leur pays ; il avait été pris par l'osdigan Youssouf et livré au pouvoir du tyran du pays de Goghthan. L'Arabe ayant ainsi été mis en possession d'Érendchag, comme par un don royal, ne voulut pas abandonner ses droits. Alors chacun des frères rassembla des troupes de son côté ; ils les réunirent en plusieurs corps d'armée, qui étaient dans un état de désordre semblable à celui qu'aurait présenté une troupe d'incendiaires, et ils se disposèrent au combat. Lorsque ces corps de paysans armés furent rassemblés et qu'ils eurent pris position dans diverses directions, les Arabes se mirent en mouvement, s'avancèrent par le flanc, et s'approchèrent pour combattre. Tandis que l'armée entière de l’ischkhan Sempad se trouvait engagée, les soldats qui étaient sous le commandement de son frère Vasag, à l'aile gauche, furent subitement séduits par de mauvais conseils : tous ceux que l'on avait placés derrière le cheval de Vasag se levèrent, et fondant sur lui, ils renversèrent ce vaillant et courageux prince, qui faisait un grand carnage des ennemis. Après cela ces guerriers se mirent en marche en tournant les épaules, se retirèrent, et allèrent dans la ville de Nakhidchévan. Les autres frères de Vasag enlevèrent du champ de bataille le corps de ce beau et charmant jeune homme ; on l'emporta, et on le déposa dans le tombeau de ses pères.
