Chapitre XXXII.
Après la mort de Maschdots, moi, le méprisable et vil Jean (Iouevannès), qui ai écrit cette histoire, et qui suis altéré de la soif spirituelle de la science, je fus, quoique indigne, placé sur le trône de sainteté ; je ne pus m'opposer aux ordres du foi, ni de la multitude des nakharars. Depuis mon enfance j'étais disciple du saint homme Maschdots, et j'avais pour lui tout rattachement corporel qu'on est susceptible de concevoir pour quelqu'un, et qu'on espère naturellement éprouver. Mais j'étais aveuglé par la poutre de mes péchés : je n'avais pas l'esprit assez juste pour juger l'esprit de mes frères, ou pour le soumettre au jugement d'Israël ; du reste j'avais l'obéissance aux ordres supérieurs, qui est la mère des vertus, et la docilité, qui vaut quelquefois mieux que le sacrifice choisi ; aussi ne m'opposai-je à rien, et me laissai-je revêtir de la robe de chef, obéissant ainsi à Dieu et aux hommes.
Il existait en ce temps-là, dans le grand bourg d'Erazgavors, une superbe église qui avait été fondée par le roi Sempad, auprès du palais royal ; la totalité du bâtiment était disposée pour le service divin. Dans les jours de fête, le culte s'y accomplissait d'une manière honorable ; cette église était magnifiquement ornée ; elle possédait des vêtements dorés, de riches ornements, des ceintures entièrement couvertes d'or et de pierres précieuses. La table de Jésus-Christ y avait été apportée et placée. Le grand curopalate d'Ibérie, Adernersèh, conservait sans trouble et sans discussion son traité de paix, son amitié et son alliance avec le roi Sempad ; il était en tout soumis à ses desseins et à sa puissance ; il lui obéissait avec la plus grande déférence comme à son père ; il était retenu dans les limites de la crainte comme un esclave l’est à l'égard de son seigneur ; il mettait toujours le plus grand soin à observer les yeux du roi pour se conduire d'après ses désirs ; enfin il lui obéissait en tout. Aussi le roi Sempad l’aimait-il beaucoup ; il avait pour lui un sincère attachement et lui accordait généreusement sa protection. Il le prouva en lui mettant sur la tête une couronne royale avec la plus grande et la plus belle pompe1 ; il lui donna des vêtements et des ornements royaux magnifiques ; il le créa roi d'Ibérie, et fit de lui la seconde personne de ses états. Quand Adernersèh eut reçu la dignité royale, il ne fut pas enflé d'orgueil ; il se conduisit avec humilité comme auparavant ; il fut toujours fidèle à ses engagements, et il se comporta constamment avec le roi Sempad de la même façon qu'il l'avait fait après les premiers arrangements conclus entre eux.
Adernersèh fut couronné roi d'Ibérie, en 899, par Sempad. ↩
