Chapitre CLXX.
Un certain homme qui avait vieilli dans les jours de la méchanceté et qui était un des juges institués en vertu de l'injuste loi de Mahomet, avait conçu une violente haine contre le christianisme et faisait tous ses efforts pour anéantir notre religion, et fortifier la foi des infidèles. En conséquence il travaillait à mettre dans l'esprit de Nesr une haine non moins violente ; et dans son cœur une aussi implacable inimitié. Il ne convient point, disait-il, il n'est pas digne de toi de faire une paix sacrée avec ces chrétiens détestables. Il faut détruire la religion et la croyante de ces hommes, qui font toujours des imprécations contre les docteurs de notre loi ; et qui appellent les disciples de Mahomet chiens et loups arabes. Pourquoi faire ainsi avec eux un accord et une alliance ? Si tu brûles du feu de ta foi, pourquoi souffrir que leur croyance ait tint d'avantage ? Si tu possèdes les présents de la connaissance, si ton âme désire vivement les recevoir au décuple écoute ce que je vais te dire : envoie beaucoup de troupes ; tu prendras d'abord le monastère, ainsi que le fort, et tu les brûleras parce qu'ils renferment des trésors, beaucoup de choses précieuses et de magnifiques ornements d'église qui appartiennent au patriarche des infidèles. Ensuite, toi-même avance pour combattre avec la multitude innombrable de tes légions ; hâte-toi de te mettre en marche à la demande du chef impie des chrétiens, prends-le, charge-le de chaînes et amène-le avec toi ; emporte ses biens, ses richesses et tout le butin que tu auras fait ; emporte aussi le butin considérable qui aura été ramassé par tes troupes. Que l'abondance du sang des hommes qui seront tués retombe sur la tête des chrétiens à cause de leur imprudence ! Ainsi pariait cet homme et tous ceux qui accompagnaient Nesr à la guerre lui donnaient les mêmes conseils. Ce dernier était tel qu'une méchante bête féroce qui se réveille pour détruire. Il se préparait à rendre méprisables Les mesura de l'idolâtrie, Il fit promptement partir beaucoup de cavalerie et des légions d'hommes de pied pour le monastère des religieux, qui s'étaient retirée dans une caverne située au nord-est du grand bourg de Garhni. Ces troupes arrivèrent inopinément à leur destination ; elles pénétrèrent dans cette caverne, prirent de force tous les solitaires qui s'y trouvaient, leur donnèrent beaucoup de coups et leur firent souffrir des tourments, pour parvenir à découvrir les trésors qui étaient cachés dans cet endroit et confiés à la garde de ces religieux, La cruauté des soldats fut poussée si loin, que ceux d'entre les solitaires qui en éprouvèrent les effets, durent, non tout de suite, mais après avoir enduré quelque temps les plus vives souffrances, recommander leur âme à Jésus-Christ avec l'heureuse espérance qu'en mourant ils seraient placés au nombre des amis de Dieu, et qu'après leur mort la sainte église de Jésus-Christ brillerait d'un nouvel éclat, ainsi que les saints testaments évangéliques, prophétiques et apostoliques. Tous les biens furent pillés ; on enleva une quantité immense de bêtes de somme, et les Persans ajoutant encore à l'énormité de leur péché, brûlèrent et dévastèrent les superbes et magnifiques bâtiments où habitaient les vierges, après quoi ils s'éloignèrent. Quand ils furent devant Nesr, et qu'ils lui racontèrent les choses qu'ils avaient faites, tous ceux qui étaient portés à faire le bien changèrent, par esprit d'inconstance, et adoptèrent une autre manière de voir. En conséquence, ils se préparèrent promptement à trouver la vie ou la mort sur le champ de bataille. On disposa pour combattre une grande quantité de troupes ; puis on s'avança secrètement vers le fort de Piourakan. Quand les infidèles y furent entrés, ils me chargèrent de fers, ainsi que les clercs qui étaient avec moi ; et emportant le butin qu'ils y firent, ils nous emmenèrent prisonniers avec ceux des soldats du fort qu'ils n'avaient point passés au fil de l’épée.
