Chapitre XCIII.
Je suis contraint, avec douleur, d'exposer devant tout le monde l'ingratitude que nous montrèrent nos voisins, les peuples qui nous environnent. Les Grecs et les habitants de la Colchide, du Gougar et de l'Oudie, ainsi que les nations septentrionales qui habitent au pied du Caucase, s'efforcèrent de renverser, de dévaster, et de détruire tout ce qui était autour de leur territoire, pensant qu'ils pourraient retirer quelque avantage de leur conduite, et que peut-être le méchant osdigan leur donnerait, en récompense, des villes, des bourgs et des villages. Ils se joignirent donc à lui ; les voleurs et les brigands vinrent pour combattre dans notre pays ; beaucoup envahirent l'église, qui est la maison de Dieu, et remplirent tout de carnage, de meurtre et de dévastation. Ils ruinèrent entièrement plusieurs provinces, qui furent rendues impraticables et arides ; partout où ils passèrent, ils ne laissèrent pas un individu, et le fils de l'homme n'y habita plus ; ils firent partout des déserts ; ils se battirent les uns contre les autres, ils versèrent des torrents de sang, et couvrirent notre pays de monceaux de cadavres ; ils livrèrent tout au pillage, ramassèrent un butin immense, et revinrent chacun dans leur pays. Nos champs furent dévastés, privés de leur population, et rendus arides et nus, comme le terrain d'une caverne ténébreuse ; toutes les herbes et les plantes des prairies et des plaines se desséchèrent. Les ennemis détruisirent nos villes, de sorte qu'il n'y eut plus d'habitants. Ils tuèrent nos laboureurs, vêtirent tout de deuil, nous couvrirent d'ignominie ; et c'est ainsi que se trouva accomplie dans toute son étendue la prophétie d'Esaïe, qui dit : Votre terre sera dévastée, vos villes seront brûlées, vos possessions seront pillées devant vous par l’étranger ; les peuples étrangers vous détruiront. Aussi supportons-nous des douleurs et des calamités incroyables ; elles sont tombées sur. nos rois et nos ischkhans non moins que sur les princes et les nakharars de notre pays. Nous espérons cependant qu'on fera cesser et disparaître l'adversité qui nous accable ; qu'on ne négligera aucun effort pour repousser l’oppression ; et que nous aérons aussi étroitement unis par les liens de la fraternité que si nous étions un seul homme, qui nouveau David, pourra tuer d'un coup de fronde ce nouveau Goliath (Goghiath), semblable à une tour de chair ; ou qui, comme Gédéon (Gétéon), pourra renverser l'infidèle, et, avec l'épée du Seigneur, déchirer le manteau des ennemis ; ou bien qui, à l'exemple de Jahel (Iael), désaltérera son fer en enfonçant un clou dans le front de Sisara ; ou qui enfin fera comme Macchabée (Makapé), qui, portant la guerre tout autour de lui, sauva et délivra l’église universelle, fit briller la lumière sur la tête des fidèles, et consola les enfants de ceux qui avaient été tués.
