Chapitre LIX.
Après cet événement mon cœur fut tourmenté par les chagrins et les angoisses ; mes entrailles se consumaient et se perdaient par les larmes ; à cause des péchés des hommes, la bienveillance du Seigneur s'était éloignée de nous. Une noire tristesse s'empara des hommes ; les divisions nous voilèrent le soleil et la vérité ; nous nous livrâmes au pouvoir d'un tyran au cœur barbare, qui était un second Pharaon, et nous ouvrîmes la porte à ses déprédations. Les ennemis nous détruisirent bien plus facilement qu'une argile légère ou que des bâtiments de briques ; ils dévastèrent tout et causèrent une quantité innombrable de maux. Un violent ouragan souffla sur nous, par le moyen des Arabes qui portent la mort ; le vent de la destruction nous emporta comme un tourbillon en forme de poussière, et nous fumes emmenés loin de nos habitations. Le torrent étendit partout sa violence et ses ravages : ce fut un déluge qui répandit l'esprit d'ignorance ; nous étions agités comme un champ d'orge, aveuglés et privés de tout ce que nous possédions : rien ne pouvait fixer nos idées ; les paroles étaient inutiles, il n'y avait que des douleurs. Mais, pour oser parier comme Ésaïe (Esaia), un secours m'a été apporté ; il m'a appris à être sage et à gémir sur les plaies que nous fait le fléau de la colère du Seigneur, ou sur les châtiments qui viennent de sa clémence. Réveillez-vous, dit-il, réveillez-vous et voyez Jérusalem, qui buvait dans la coupe de la destruction et dans la coupe de la colère, elle buvait et son sang coulait, et il n'était pas de consolateur pour toi ou pour tes enfants. Un autre écrivain sacré a dit : Je suis affligé ; mon œil ne sait où se fixer ; je ne trouve pas de consolateur. Un autre encore s'écrie : Oh ! je suis en proie aux douleurs à cause de ton malheur, ou par la terreur de la faim et de l'épée. Certes, selon le prophète voyant, nous dirons : On ne peut nous consoler ; nos enfants sont accablés de malheurs, captifs, fugitifs, tués ou égorgés dans les défilés de tous les chemins ; mais on sent l'odeur mortelle de l'absinthe ; mais c'est par lui que nous commandons et que nous jouissons de la douceur des désirs de Dieu. Nous ne pensons rien sur lui, nous prenons tout ce qu'il donne de bon ; nous ne louons point celui qui nous apporte la consolation ; nous ne faisons qu'acquitter une dette, car il nous châtie et il nous inflige pour les péchés qui sont dans notre sein une punition sextuple. Affligeons-nous, ne pensons qu'aux paroles du prophète, abandonnons le soin de la grandeur ; ne songeons qu'à la divine église du Christ. Dieu a détruit la Judée. Que l'église soi comme une tente au milieu des vignes, comme un gardien de fruits au milieu des concombres ! Avec des haches et des cognées ils ont brisé ses portes. Ils ont embrasé la sainteté ; ils ont souillé le tabernacle de son nom. Es ont foulé aux pieds l’héritage du Seigneur avec leurs talons impies ; pour nos péchés nous avons été obligés de manger de la paille sur toutes les routes. Ils ont souillé l'église d'un sang pur, ils l'ont fait couler comme si ce n'était que de l'eau ; ils en ont mis plus dans une maison qu'il n'y a d'herbes dans un champ d'absinthe. Doutant de quelques colonnes, ils se sont révoltés contre le Seigneur ; sur leurs langues ils n'y a plus eu que vanité et impiété ; ils ont toujours parlé d'une manière audacieuse ou oblique devant les princes des hommes ; toujours ils ont agi avec ruse, perfidie et trahison contre les hommes justes et sincères. Aux yeux des princes des hommes, des généraux, des chefs, toujours ils ont couvert de mépris ceux qui étaient vraiment attachés au troupeau du Seigneur ; grâce à leur impiété, ils ont beaucoup de vanité. C'est pour cela que nous subissons les affronts des hommes faux et in semés, que nous sommes abreuvés d'injures, et que nous devenons la risée des nations qui nous entourent. Nous enlevons les bergers avec les troupeaux, à cause des hommes forts et audacieux qui s'avancent pour nous piller et pour nous réduire en esclavage. Mais quelques autres qui ont des mains saintes, qui sont purs de cœur, souffrent beaucoup par des blessures et des tourments, par la captivité, les afflictions, les fers, et par d'innombrables vexations. De tous côtés se répand la méchanceté ; le mal est partout ; op jette les cadavres des serviteurs de Dieu, on les abandonne aux oiseaux du ciel ; les corps des saints sont enlevés, on les donne pour pâture aux bêtes féroces. On ne trouve personne qui ne soit en lui-même jaloux du Seigneur tout-puissant, qui ne porte la division dans la maison de Dieu, qui ne soit un serviteur de l'injustice ; et nous ne voulons pas souffrir ce que suggèrent aux pervers la méchanceté et la perfidie de leur âme.
