Chapitre CXI.
Après que j'eus béni ces religieux, j'allai vers le bourg de Thortan, dans la maison de plaisance et le jardin de saint Grégoire, où sont cachés des trésors de sagesse et d'immortalité, c'est-à-dire les reliques vivantes des saints, qui tous sont venus pour civiliser ce pays selon la vérité. Comme le soleil ils brillent d'une lumière qu'on ne peut supporter ; ils sont éclairés par le feu de l'esprit et resplendissent comme un lieu rempli de lampes ; ils brillent d'une lumière inextinguible pour la gloire de Dieu. Je fis les vêpres dan cet endroit ; j'y adorai le Seigneur en y célébrant le sacrifice avec du pain fait avec du froment qui avait été semé par les mains de notre saint illuminateur. Ensuite je m'agenouillai sur la montagne, du côté du désert. Quand j'eus été neuf mois en prières dans ces lieux l'audace et les paroles querelleuses de nos rois, qui s'engageaient dans une voie fatale aux mœurs établies par Dieu, me déterminèrent à m'en retourner dans la terre des Arméniens, parce que je prévoyais le châtiment qui attendait ces princes à cause de la violation de leurs serments. Ne sachant que faire, sentant mon esprit incertain, détournant la face à la vue de leur méchanceté, mais cependant profondément affligé de la situation déplorable de mon pays et de mes concitoyens, par deux fois je désirai ardemment d'être loin d'eux et d'habiter auprès du saint homme, ou bien, en place, d'obtenir la mort, mais cependant quand ce serait la volonté du Seigneur. Toutefois tandis que le basilic qui souffle un mauvais air était tranquille dans la ville de Tovin, il méditait perpétuellement de méchants projets ; il mordait de sa dent cruelle et empoisonnée le roi Gagig, ainsi que tout son peuple et tous ses nakharars, pour les précipiter enfin vers leur chute et leur perte. Mais le roi s'étant confié dans le Seigneur, et ayant entendu la voix du peuple s'élever, donna des ordres qui mirent tout en mouvement autour de lui ; il rassembla ses commandants et ses gouverneurs, avec les troupes et les généraux des frontières de Her, de Zéravant, de Marant et de Nakhidchévan ; et après un certain nombre de jours, ses cavaliers, ses soldats et ses généraux s'avancèrent contre l'ennemi, combattirent avec vaillance et courage, et versèrent une grande quantité de sang.
